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 PARADIS PERDU (CÈDRE)

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MessageSujet: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Ven 27 Fév - 11:39


Assis sur le bord de la digue les pieds dans le vide, Noki plie les doigts de sa main gauche un à un. Il le fait à une lenteur qui, au bout d’un moment, peut devenir très chiante mais Noki, non, ça va. Il suit le mouvement des phalanges qui s’inclinent les unes après les autres, ça lui fait penser à quelqu’un qui tombe. Il sait de quoi il parle. Il en a vu, des gens, tomber, au cirque. Il continue doigt par doigt et termine par le pouce, qui se pose sur le haut de l’index. Noki regarde le poing serré que forme sa main, la peau tirée sur les phalanges, les veines sur le dos de sa main. Toutes bleues, les veines. Son poing fermé, ça lui fait penser à une fleur en bourgeon ou à un rocher. Ça dépend de la lumière. Il le fait pivoter doucement sur son poignet, dans tous les sens mais doucement, et puis il arrête.
Alors Noki lance fermement son poing dans le vide.
Comme s’il voulait frapper un courant d’air.
Et le bruit qui va avec.
Drôle d’éclairagiste …
Ça l’occupe.
En attendant, il ne compte pas les jours.
Vingt-sept.
(Si, il les compte.)
(C’est longtemps.)
Le pauvre il tient à peine sur ses jambes on dirait qu’il a pas mangé depuis des jours. Mais si madame, il mange, il mange. C’est autre chose : c’est l’amour. Alors Noki s’assoit le plus souvent possible, parce que ses genoux peuvent le lâcher à tout moment en chouinant : « Cèdre ». Il s’assoit partout et il dit « c’est con », il répète c’est con c’est con c’est con c’est con c’est con c’est con c’est con t’es con c’est con t’es con c’est con c’est con c’est con c’est con c’est con t’es con t’es con c’est con c’est con c’est con. Comme on dirait il m’aime, un peu, beaucoup, à la folie, passionnément. Même rythme.
Et continue.
Quoi ?
À l’aimer.
C’est beau non ? Ouais … bof.
Et là quelqu’un lui touche l’épaule et Noki n’a même pas besoin de se retourner vivement pour savoir que c’est Cèdre. Il savait bien qu’il viendrait bientôt, y avait quelque chose de drôle aujourd’hui dans le soleil, comme une promesse, et maintenant, il est là. Il défait son poing, déroule ses phalanges et redécouvre sa peau fripée. Son cœur qui bat.
- Salut.
Plus tard, peut-être, il lui dira quelque chose, autre chose, un truc important.
Comment tu fais pour m’oublier.
Et cette fois Noki ne mettra pas de point d’interrogation, Cèdre ne verra pas que c’est une question et y répondra peut-être.
(Je m’en fiche tant que mon amour tu te rappelles toujours de moi.)
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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Ven 27 Fév - 13:31

Il a encore du sable plein les cheveux, et même après plusieurs douches et le savon qui sent bon, l’odeur du sel sur sa peau ne s’en va pas. C’est comme ça, Cèdre a la mer en lui.
Il revient d’un long voyage fait à bout de bras et de rêves un peu trop grands. Cette fois encore il est rentré sans n’avoir rien touché de ses doigts, mais ça viendra. Un jour promis, il partira.
En attendant il reste ici, il va rester sur le sol ferme du village quelque temps. Il a quelqu’un à voir ; un bout de soleil après des tas de tempêtes.
D’ailleurs son corps tangue, il ne marche pas très droit, comme sur un bateau, ceux des vieux livres et dont il ne se souvient presque pas. On dit qu’il y en avait ici autre fois, il les cherche au loin, mais il sait que jamais ils ne reviendront. Faut pas attendre, faut partir. Mais pas aujourd’hui, aujourd’hui c’est le jour Noki.
Maintenant c’est son coeur qui tanguent, qui divague à un rythme bien différent de celui des marées. On dit battre la chamade, Cèdre lui, il trouve que ça ressemble plus à la houle prit entre les vents. C’est fort, c’est puissant, ça va partout, ça se cogne partout.. Ça cogne, ça cogne. Contre sa poitrine, contre ses lèvres, dans sa tête, dans ses poumons..
Cèdre ne sait jamais vraiment où chercher, mais il trouve toujours, comme un aimant, un détecteur à chaleur ou à lumière, un détecteur de Noki.
Il est là-bas, au loin, sur la digue.
Est-ce que lui il aime la mer, est-ce que lui aussi il rêve d’horizon ? Peut-être qu’un jour Cédric partagera ses rêves avec lui. Ou peut-être pas. On ne sait jamais, faudrait pas l’effrayer.
Il le voit jouer avec ses doigts, les faire planer dans l’air avec des mouvements un peu étranges.. Est-ce que lui aussi, il a le coeur qui tangue ?
Il reste loin un instant, peut-être que Noki veut pas de lui, ça fait longtemps qu’il est parti. Plusieurs jours. Il ne sait pas, lui, il ne compte pas. Noki si. Puis il se dit que tant pis s’il veut pas, Cèdre voudra pour deux, et pour sur que ça suffira !
Il l’approche du bout des doigts, deux petites tapes sur son épaule.
- Salut Noki.
Cèdre ne parle jamais beaucoup, Cèdre il économise les mots, les garde dans un coin pour les urgences. C’est un solitaire, il cherche les ailleurs en se perdant en mer, et quand il revient sur terre, c’est seulement pour les bras de Noki. Il est chanceux, et il aimerait le lui dire ; tu sais noki, y a que toi que j’aime ici, y a que toi que je viens voir. Mais c’est nul à dire. Alors il ne le dit pas, il le montre. Il s’assoie derrière lui, le corps de Noki entre ses jambes, (les siennes aussi maintenant pendent dans le vide et il les balance un peu avant de serrer ses bras autour du torse de Noki, de poser sa tête sur son épaule).
Une,
deux,
trois,
quatre .. secondes de silence.
Pas de bruit, juste la mer, juste leur coeur qui tanguent.
Un bonjour après l’absence. Un bonjour je suis encore là, un bonjour tu vois je pars pas, (pas encore), un bonjour c’est toi que je veux, un bonjour baiser dans le cou.
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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Ven 27 Fév - 17:09

Et le jour tombe.
Boum.
- Salut Noki.
Cèdre parle peu et parfois Noki n'arrive plus à se souvenir de sa voix. Elle s’éparpille en débris dans sa tête pour que Noki lui coure après mais Noki il en a marre au bout d’un moment, en plus elle fait que de se cacher. Et elle court trop vite. Au début il savait pas s'il devait se taire lui aussi, ou s'il pouvait parler et quand il a commencé à avoir envie de l'embrasser, il savait encore moins. Et puis Cèdre l'a embrassé alors Noki a continué et il lui raconte des histoires, ses histoires, il lui récite des poèmes et des paroles de chansons. Il lui pose des questions … Faudrait penser à arrêter. Si ça se trouve Cèdre en a ras-le-bol et c’est pour ça qu’il vient de moins en moins.
Chut.
Chut.
Pour l’instant il est là.
Il s’assoit derrière lui et s’improvise protège-Noki.
Comme chaque fois qu'ils sont ensemble, Noki enregistre tout, se prépare des souvenirs et se fabrique des boîtes à mémoire pour ne rien oublier. Allez. Vas-y. Alors d'abord y a son ventre contre le dos de Noki : on sent sa respiration qui le traverse de bas en haut. Y a son menton posé sur son épaule, sa tête qui y repose tout entière. Y a la joue de Noki appuyée contre les cheveux de Cèdre, et quelque chose de salé. Y a ses bras autour de lui et ses mains au bout. Noki en caresse une du bout des doigts. Il fait comme s’il en dessinait le contour et puis il les passe sur le relief des veines. Son autre main est posée sur la cuisse de Cèdre, ses jambes l’encadrent, ses chevilles arrivent au niveau des pieds de Noki parce qu’il est plus grand.
Noki ferme les yeux et enregistre, emmagasine, tout ça ça l’aide à s’endormir le soir et ça l’empêche de pleurer le reste du temps.
Pire, ça le fait sourire.
Ça le fait sourire.
Une fois Cèdre lui a parlé de retrouvailles. Du goût des retrouvailles, c’est ce qu’il a dit. Que c’était beau et tout ça. Que les retrouvailles valaient tout le temps perdu, qu’elles rattrapaient leurs jours passés séparés.
Et Noki a dit :
- C’est des conneries tout ça. Une excuse à la con.
C’était la première fois de sa vie qu’il parlait comme ça et Cèdre souriait.
Soudain il serre un peu plus fort les mains de Cèdre dans les siennes, pris d’une peur qui dit : il n’est pas là, il n’est pas là, il n’est pas là, c’est un de tes mirages. C’est con. T’es con. Il sait bien qu'il peut pas l'inventer, il a pas assez d'imagination pour ça, il avait même pas assez de place dans son sac de voyage pour emmener toutes les lumières du cirque, alors de l'imagination ... Il se retourne quand même pour être sûr qu'il est là, et il tombe sur le bleu de ses yeux. Oui, ça s’appelle tomber.
Il sourit, satisfait, et dans un petit exercice de contorsion, arrive à l’embrasser quelque part sur le front. Puis se remet droit.
Est-ce que c’est comme ça que les gens s'aiment de l'autre côté du monde ?
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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Ven 27 Fév - 18:24

Noki. Noki. Noki. Noki. Noki. Noki.
Ça raisonne dans sa tête, ça se mélange à l’odeur de sa peau qu’il respire, de ses cheveux, de sa chaleur, des pensées qu’il devine. Et il le sert un peu plus fort contre lui, un autre bonjour je suis là, comme une protection, une bulle, celle qui protège tout et qui enferme. Noki et Cèdre tous les deux. Ça donne envie d’être un peu fou, d’aimer encore plus fort, de faire des promesses qui sont impossibles.
Allez tant pis, promis je partirai plus, promis je reste là avec toi. C’était la dernière fois. Tant pis les rêves, tant pis les Terres tant que toi t’es là.
Il a envie de le lui dire ; ça raisonne partout dans son corps, surtout dans son coeur, mais pas vraiment dans sa tête.. Parce que Cèdre ne connaît pas les affaires des grands, il saute les pages quand les livres en parlent alors il retient seulement ce qu’il a envie d’apprendre. Alors maintenant ce qu’il sait seulement c’est que : Noki-amour c’est bien pour recharger les batteries, c’est bien après les heures de nages, c’est bien quand ils sont qu’à deux, quand ils s’aiment et qu’ils sont heureux. Noki c’est bien tout court.
Noki. Noki. Noki. Noki. Noki. Noki.
Noki c’est bien quand on a froid, quand ça ne va pas, quand on a envie d’être un peu chez soi.
Mais est-ce que c’est bien pour les Terres ? Sûrement pas.
Noki c’est pas assez bien pour ailleurs. Noki c’est juste pour ici. Puis quand Cèdre repense à son coeur qui tangue fort, il sait qu’un Noki juste pour ici c’est très très très suffisant.
Allez vas-y dit le que tu m’aimes. Que tout ça en vaut la peine.
Avec un baiser sur le front, si tu veux, très bien comme ça. Baiser-sourire. Y a le sien qui s'agrandit très fort, ça fait mal aux lèvres et ça fait mal au coeur, mais ça fait tellement bien..
- Je suis là, t’as vu je suis revenu.
Il ne sait même pas pourquoi il dit ça. Il le dit même pas fort, peut-être que Noki n’a pas entendu, mais il l’a dit quand même. Ça rassure.
Mais ça rassure qui ?
Noki ou Cédric ?
Le deux peut-être.
Aucun peut-être.
Il est revenu mais il repartira comme à chaque fois. Il dira “au revoir Noki”, mais pas comme les bonjour Noki. Ce sera un au revoir triste, un au revoir mais on se reverra jamais, un au revoir je pars, un au revoir je t’aime quand même.
Mais pour l’instant il est là, il est là et y a Noki dans ses bras, et c’est à ça qu’il pense.
Noki. Noki. Noki. Noki. Noki. Noki.
Dis Noki tu m’aimes quand même ?
C’est pas lui qui pose les questions, il demande pas. Même pas ça. Cédric il montre.
Il se détache un peu de son corps, juste pour faire un peu de place, pour forcer Noki à se retourner, pour s’approcher ensuite ; puis pour lui voler un baiser (un vrai, sur les lèvres et avec le coeur).
C’est mieux comme ça.
Bien sur que c’est mieux comme ça. Tout est mieux Noki tant que t’es là.
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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Ven 27 Fév - 20:58

Et puis Cèdre n’a jamais le même parfum alors forcément c’est pas facile tout ça. Aujourd’hui il sent le vent, comme s’il était allé très loin prendre l’air et que maintenant il revenait. Mais de loin. Vraiment loin. Ça veut dire qu’il a fait du chemin pour revenir ici, peut-être des jours de chemin, ça fait sourire Noki. Il a marché des heures et des heures pour revenir me voir. C’est ça hein. C’est ça. Oui. C’est ça. Si tu veux c’est ça.
(Et peut-être que c’est vraiment ça.)
- Je suis là, t’as vu je suis revenu.
Le poids du corps de Cèdre qui pesait contre lui, ses bras en prison autour de son ventre, tout s’en va, tout s’allège comme si le mirage s’effaçait, mais putain on a dit que c’était pas un mirage, Noki aurait dû se pincer pour être sûr … Et Noki, qui souriait, se met à paniquer. C’est con, t’es con, regarde. Et quand il se retrouve en fait face à Cédric qui est bien Cédric, Cédric qui est bien là, sa respiration se coupe. Il fait comme si c’était prévu mais ça l’était pas vraiment. Il était pas prêt c’est tout. Il se dit que c’est vraiment de la merde la mémoire, parce que quand il a pensé à Cèdre ce matin, son visage était pas comme ça, c’était moins beau, il manquait au moins mille détails. Il les voit se rapprocher de lui, encore, encore, à mesure que Cèdre s’approche de son visage pour qu’ils s’embrassent.
Les craquelures dans ses lèvres rouge foncé.
Le grain de beauté en haut de sa joue.
La courbe de ses cils.
Les vagues dans ses cheveux.
Et d’autres trucs.
Pour lesquels Noki n’a même pas les mots.
- Mais j’savais que t’allais revenir. J’avais pas peur.
C’est pas vrai.
Il fait semblant alors qu’en mangeant ce midi il se demandait s’ils allaient se revoir un jour, ou s’il avait fini par partir assez loin pour que Noki le laisse tranquille. Il fait semblant parce qu’il a ses bras enroulés autour du cou de Cèdre et qu’il voudrait qu’ils restent comme ça pour toujours, pour toujours. Il fait semblant parce que les étoiles sont en train de se suspendre une à une dans le ciel et que c’est très beau, ça en donne de l’espoir. Il fait semblant parce qu’il aime la voix qu’il a quand il parle juste après avoir été embrassé par Cèdre.
Il fait semblant parce que quand Cèdre est là, Noki s’en fout du reste.
- Tu me manquais.
Est-ce qu’on peut passer sa vie à aimer quelqu’un qui n’est là qu’une fois par mois ?
Il l’appelle Cèdre parce qu’il aurait voulu le planter dans son jardin, comme un arbre, qu’il ne puisse jamais s’en aller jamais.
Pas drôle d’aimer un courant d’air.
Il sait qu’un jour il le verra pour la dernière fois et il a peur de ne même pas s’en rendre compte le jour venu.
Il se demande ce qu’il lui restera d’eux alors.
Des baisers.
Et la déception de tout ce qu’ils n’ont pas fait ensemble : se réveiller côte à côte, se brosser les dents ensemble, mélanger leurs caleçons, prendre des douches, visiter des musées, trouver un bateau, boire des bières, faire les courses pour Joe, faire la cuisine, goûter et dire « c’est dégueulasse », s’en aller.


Citation :

Exemple d’une conversation entre Noki et une vieille dame
- Tu as quelqu’un dans ta vie ?
- Non. Mais je connais un garçon qui va et qui s’en va. À chaque fois qu’il va, il m’embrasse, et à chaque fois qu’il s’en va, il dit qu’il m’aime.
- Il ne reste jamais ?
- Non.
- Et ça te suffit ?
- Vous l’avez jamais vu, vous.


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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Sam 28 Fév - 11:14

Cèdre sourit, bien sur que non t’avais pas peur. Un joli mensonge qui rassure bien Cédric : Noki n’a pas besoin de lui. Il a Joe, et sûrement tout un tas d’autre personne ici, alors non, c’est pas trop grave si il part. Et il va se réconforter dans cette idée ; je ne suis pas indispensable, je peux partir.
(Pourquoi ça fait si mal de sourire ?)
Sourire qui se confond en grimace, qui le fait tomber sur le dos ; allongé sur la digue, le visage de Noki en champ de vision. Un vrai soleil, qui éblouît et fait mal aux yeux. Cette fois si Cèdre grimace, c’est parce que son amoureux est un peu trop beau, et un jour il lui dira. “T’es beau Noki”, comme un secret qu’il ne faut pas dire, comme des pensées qu’il faut garder enfermer à double tour. C’est vraiment dangereux les mots, ça peut faire tout un tas de chose ; blesser, aimer, cacher.. Oublier.
- Tu me manquais.
Aïe.
C’est même pas une question, juste un bout de phrase qui sonne comme une gifle et qui détruit tous les murs de certitude qu’il a mis tant de temps à construire. Mais il fallait s’y attendre, on ne construit pas des barrières avec des hypothèses.
Il tente d’analyser la phrase : tu. me. manquais. cèdre. à noki. un manque. Et d’autre l’autre sens ? Rien. Silence. Noki ne manque pas à Cèdre quand il s’en va.
Noki ne lui manquait pas. Noki ne peut pas manquer parce que Cèdre ne pense même pas à lui quand il s’en va, si non ça ne marche pas, il serait une raison de rester, et Cèdre ne veut pas rester. Cèdre veut partir, et s’il pense à Noki, il ne fera que revenir.
Alors il n’y pense pas.
Pourtant il revient toujours.
Regarde Cèdre, t’es encore .
Cèdre sourit. Pas un mot. Juste un sourire. Comme pour dire à moi aussi tu me manquais, mais sans le dire, sans le penser vraiment.
Faudrait arrêter de sourire, un jour ça ne voudra plus rien dire.
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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Sam 28 Fév - 22:04

Courir après les oiseaux, aller chez Joe, se cacher sous la couette et écouter la pluie, trouver un bateau, ne pas se lasser, ne pas se laisser, partager les petits-déjeuners, écouter de la musique, voir la mer, acheter un lit ou un canapé ou un canapé-lit.
(…)
On pourrait construire un sous-marin. On partirait avec, il irait tellement vite que les autres auraient pas le temps de dire « au revoir » on serait déjà en Russie. On pourrait aller n’importe où avec, rouler en-dessous de l’Europe, se garer sur un parking en Espagne, manger dans un endroit qui pue la frite et repartir, aller emmerder les dauphins.
On pourrait se coudre une cape de super-héros pour deux. Elle aurait des superpouvoirs intégrés, du genre qui t’emmènent plus haut que les étoiles, jusqu’aux planètes les plus lointaines, elle volerait plus vite que les oiseaux, on pourrait aller partout avec.
Ça, ça lui suffirait.
Mais c’est beaucoup. Beaucoup trop.
Et Cèdre sourit.
Un sourire qui dit comme : tu me manquais aussi si ça peut te faire plaisir.
C’est vrai Cèdre parle pas beaucoup. Mais son corps raconte plein de choses à sa place. Ses yeux disent n’arrête jamais de regarder le ciel. Ses paupières disent j’ai encore rêvé de toi cette nuit, comme demain et comme hier. Ses vêtements disent déshabille-moi. Ses genoux disent c’est grâce à toi que je tiens debout. Ses bras disent viens, je reste là. Son torse dit là-dessous mon cœur bat pour toi. En tous cas c’est ce que Noki croit. Peut-être que c’est mieux comme ça.
Et ses belles dents.
Elles, elles disent rien du tout, elles sont juste belles.
Elles sont juste là.
Elles décorent le sourire de Cèdre et ce sourire-là Noki l’embrasse à pleine bouche.
S’il ne s’arrête jamais de l’embrasser Cèdre sera obligé de rester, obligé de rester.
Cèdre restera et Noki ne sera plus obligé d’expliquer à tout le monde d’où lui vient ce cœur énorme qui dépasse de ses habits et les marques violettes dans son cou, des bleus d’amoureux.
Ça fait un an qu’ils se connaissent. Cédric était assis sur un banc mais il le faisait d'une drôle de manière : comme s'il avait envie d'être ailleurs. Noki est allé s'assoir à côté de lui en se disant se répétant à mesure qu'il s'approchait : s'il s'en va quand je m'assois c'est foutu, mais s'il reste, on vivra une belle histoire d'amour. Ils sont restés quatre heures, assis, comme ça. Sans parler. Et puis ils ont recommencé. Et puis ils ont continué.
Est-ce que la nuit peut aussi durer tout le jour ?
En général le temps est clément avec Cèdre et Noki, il s’étend et s’étire pour leur donner le plus de temps possible, le temps de se retrouver, le temps de ne pas parler puis de dire quelques mots, le temps de se dire au revoir.
Et quand Cèdre sera parti pour de bon
Combien de temps encore il fera partie des rêves enflammés de Noki
Combien de temps encore Noki le guettera toute la journée
Noki voudra l'oublier et il coudra son nom au creux de son bras pour s'en empêcher.
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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Lun 2 Mar - 19:05


Est-ce que Noki sourit des fois ? Sûrement, faudrait que Cèdre regarde un peu mieux, qu’il regarde un peu plus près et qu’il arrête de chercher au loin. Y a rien plus loin, y a pas Noki en tout cas. Alors il le regarde, bien, comme il faut : la couleur de ses yeux, et la forme de ses paupières quand il les ferme. les taches sur sa peau, puis le rose de ses lèvres.
Mais lui, quand il est loin d'ici, tout ce qui lui revient en mémoire, c’est tout ce qu’il ne se voit pas.
C’est comme ça qu’il regarde Noki, pas avec ses yeux, mais avec tout le reste ; avec son corps, avec ses gestes et avec ses quelques bouts de sentiments. Au moins il est sur de s’en souvenir, parce que les images dans la tête ça s’envole au moindre petit coup de vent, et c’est impossible à rattraper. Alors que le reste, toutes ces sensation, tout, tout doucement, ça devient une partie de lui-même.
C’est comme ça qu’il aime Noki, avec lui.
Il connaît le timbre de sa voix qui le réveil le matin et il connaît celui de leurs moments intimes, puis le son que prend son rire parfois. Ça il s’en souvient parce qu’il se passe toujours quelque chose dans son corps, comme un pincement au coeur, une bouffée de chaleur. C’est pareil avec l’odeur de sa peau, de ses cheveux, et la douceur de sa langue puis de ses lèvres.
C’est comme ça qu’il se souvient de Noki ; avec son corps, avec son coeur.
Je te ressens à chaque battement de coeur.
Il l’a pensé très, très, très fort.
(Il lui dira un jour, promis.)
Puis comme c’est un peu gênant de le regarder comme ça sans rien dire, c’est le ciel qu’il fixe à nouveau. (Pas la mer, il la voit trop souvent la mer, tellement que ce n’est même plus intéressant.)
- Il y a des nuages en forme de toi dans le ciel.
Il souffle tout doucement, en pointant le ciel avec le bout de son doigt ; celui-là, et l’autre, celui d’à côté aussi, et tous ceux là, et puis par-là aussi.
Partout, ils envahissent la vue. Voilà, c’est ça que Cèdre essaye de dire.
T’envahis tout mon corps avec le tien. Comme du coton dans le cerveau, dans les pensées, contre mon coeur qui qui bat fort, dans mes poumons puis dans mes mains. Le corps remplie de coton, remplie de sensation.
C’est la faute de Noki, mais c’est pas grave, ça fait même pas mal.

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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Lun 2 Mar - 21:04

On dirait deux corps échoués.
Cédric droit comme le i du mot «Immense », jambes collées ensemble, le bas du t-shirt révélant quelques centimètres de son ventre, les bras légèrement écartés. Un ange. Noki désordonné, les bras désarticulés, un jogging pour effacer les formes de son corps, et le cœur qui bat un petit peu trop vite pour être parfaitement calme mais ça, on le voit pas. Deux corps qui, même allongés, penchent un peu vers celui de l’autre. Ils se tiennent la main.
Deux amants balancés à la mer.
Tu entends ?
Tu entends ?
Trop tard / il y a eu quelque chose dans l’air, une pensée, quelque chose qui a traversé l’atmosphère à une vitesse interstellaire, Noki l’a raté, c’est allé trop vite, c’est déjà trop loin. Mais moi je sais ce que c’était. C’était Cèdre. C’était sa voix. C’était quelque chose qu’il a à peine dit, quelque chose qui restera pour toujours un non-souvenir, quelque chose qu’il a failli dire, puis fait marche-arrière.
(((Je te ressens à chaque battement de cœur.)))
- Il y a des nuages en forme de toi dans le ciel.
Cèdre pointe du doigt le ciel rouge comme des amoureux. Et c’est tout ce que Noki arrive à voir. Ce doigt suspendu dans les airs, avec des morceaux de paillettes à son extrémité, ce doigt qui prend toute la place. Noki essaie de se chercher dans le ciel mais il le fait distraitement, il préfère être ici, le dos qui racle le sol et la chaleur de leurs corps qui mélange. Il plisse les yeux mais il s’en fout d’être parmi les étoiles, il préfère encore être dans ses bras. Il essaie de comprendre où est-ce que Cèdre le voit alors que lui ne s’imagine pas se trouver à autant de kilomètres du garçon qui fait battre, fonctionner, aimer, courir, voler, tomber son cœur. Le ciel pourquoi pas, mais seulement avec toi.
- Je vois pas.
(C’est presque vrai.)
Il sourit Noki.
- Est-ce que c’est beau ?
Dis oui.
Juste oui, tu verras ça prendra pas longtemps.
Mais moi ça me suffira pendant des jours et des jours.
Je m’en servirai pour aider mes rêves à se fabriquer.
Et Noki continue d’enregistrer. Il a une grande boite en or dans sa tête qui s’appelle « Cèdre » et c’est là qu’il range tout ce qui parle de lui. Toutes leurs rencontres qui rappellent leur histoire d’amour hachée, délimitée, mais leur histoire d’amour quand même. La tiédeur qui émane de son bras, leurs respirations coordonnées, le vent dans leurs cheveux qui transporte le parfum de Cèdre, le bruit de son sourire, l’écho de sa voix qui résonne encore, encore, le chant sourd de leurs cœurs, le bleu de ses yeux qui colorie les alentours tellement il est généreux.
Noki sourit.
Son cœur en perd la tête.
Et Noki n’oublie pas.
Que même si à la fin Cèdre s’en va, il reste la preuve qu’ici
quelqu’un veut bien de lui.

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MessageSujet: Re: PARADIS PERDU (CÈDRE)   Mar 17 Mar - 21:56

Noki voit pas, et Cèdre soupire, presque agacé. Mais si regarde juste là, ouvre tes yeux ! Mais il le dit pas, parce qu’il a raison Noki, y a que lui pour le voir dans des endroits où il n’existe pas. C’est comme ça que ça marche quand on aime, et peut-être que Noki ne s’aime pas assez, ou bien que Cèdre l’aime un peu trop, ou qu’il fait un peu froid et que son esprit divague dans un océan de sensation qu’il ne comprend pas.
Est-ce que c’est beau ?
Bien sur que c’est beau un Noki. Même quand ça prend de la place, que ça envahit tout l’espace, que ça étouffe et que ça empêche de respirer.
T’es beau Noki.
Avec tes cheveux en batailles, tes joues rouges et ton nez tout froid. T’es beau même quand je te vois pas, même quand je pense pas à toi.
Mais c’est pas vraiment légitime, bien sur qu’il est beau puisque Cèdre l’aime avec un grand A.
Oh, non, il parle des nuages ?
Il les fixe un instant.
Noki est plus beau. C’est différent. Pas la même beauté.
C’est même pas beau non, parce que c’est comme .. du beau qui se sent avec le corps ?
Noki-coton partout dans ses sensations.
Il peut même pas l’expliquer, ça n’a a-u-c-u-n sens alors il se tait. Et il attend.
Il attend quoi ? Rien.
Mais pour une fois, il ferme les yeux : y a le vent qui tire sur ses cheveux, le sable qui gratte sur sa peau.. puis surtout y a la chaleur de Noki tout près de lui, et tout le coton à l'intérieur de son corps qui se gonfle. Il n’a plus de gorge pour parler, plus de langue pour ouvrir la bouche, plus d'espace dans sa poitrine pour que son coeur bat normalement, plus de jambe pour marcher, plus de main pour tenir la sienne. Son corps s'endort dans la certitude que Noki..
Puis il ouvre les yeux et se reprend.
Ils ne peuvent pas rester là. Son appétit d’humain le submerge : il en a assez des sentiments sous cloche de verre, lui il veut montrer ce qu’il n’arrive pas à dire en mot.
Il se relève sans prévenir et fixe l’horizon.
- Je m’ennuie d’être ici.
S’il tend l’oreille, il peut entendre la mer qui l’appelle. Mais il dit non de la tête, pas aujourd’hui (aujourd’hui c’est le jour Noki), il a encore des choses à faire sur la terre ferme.
Il tend la main pour avoir celle de Noki et l’aider à se relever.
Je m’ennuie, on s’en va.
Tu vois Noki, il ne part pas. Pas sans toi.
Il a presque envie de lui demander si Joe est chez lui chez eux, mais il ne sait pas trop s’il a le droit. S’il peut s’imposer dans la vie de Noki, alors que pourtant, il le fait très bien à chaque fois qu’il le voit. Il prend de la place, tout le temps, et c’est pas bien, alors à chaque fois qu’il le réalise, il s’enfuit.
Sa main caresse celle de Noki, ses doigts remontent sur son avant bras, sur son épaule qu’il embrasse en fermant les yeux. Ses habits ont son odeur, et il laisse son esprit s’en imprégner jusqu’à se sentir tanguer. Ça n’a rien à voir avec l’odeur de sable et de sel qu’il côtoie tous les jours. Noki sent presque la Terre, celle qu’il cherche dans ses rêve.
Un jour, promis, il l'emmènera chez lui, dans cette carcasse de bateau où il s’est construit un chez-soi qu’il ne supporte pas. Y a juste le lit et ses draps qu’il apprécie (mais ils seraient encore mieux avec l’odeur de Noki). Il l'emmènera là-bas un jour, quand il arrêtera d’avoir peur de .. de quoi au juste ?
Allez, viens Noki, on rentre.
- S’il te plait ?
Il lui souffle à l’oreille, comme un doux baiser. S’il te plait Noki, ici même avec toi j’ai froid.
Cette distance dont il s'accommode l’étouffe maintenant. Il pourrait presque en pleurer de caprice. T’es trop loin Noki. Il sert ta main mais t’es quand même trop loin.
Spoiler:
 
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PARADIS PERDU (CÈDRE)

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