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 CHORÉGRAPHIE (JOE)

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MessageSujet: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Mer 25 Fév - 16:06



Noki est toujours surpris le matin quand il descend les escaliers.
Il touche les murs et il sourit en regardant au plafond.
Une fois il a eu une maison avec des murs mais pas de toit, il était parti celui-là : vue complète et intégrale sur le cosmos.
Il a parfois vécu sur des toits qui n'avaient pas de murs, il fallait faire attention à ne pas tomber.
Mais c'est la première fois qu'il a quatre murs et un toit par-dessus, un toit et quatre murs pour le faire tenir debout.
Alors oui, il sourit tous les matins, excusez-le si ça fait un peu de bruit ...
Mais attends, c'est pas ça le mieux.
Le mieux évidemment c’est Joe. Monstre d’amour, un papa-géant qui a rameuté tous ses muscles un jour pour ramasser Noki dans la rue. Pas très lourd, Noki, tu me diras : à peine cinquante kilos de rêves. À peine. Juste de quoi arriver jusque là. Jusqu’à Joe. Joe lui ouvre des bières, lui lave son jogging, Joe ouvre ses volets le matin, Joe lui demande d’aller faire les courses, Joe l’attend pour prendre son petit-déjeuner et, même si Noki ne le sait pas, Joe vérifie toujours que Noki dort avant d’aller se coucher lui aussi. Joe marche moins vite dans la rue depuis que Noki est là, Joe fait attention quand Noki traverse la rue et l’attrape parfois par le bras in extremis, Joe fait taire les garçons qui se moquent de Noki quand il n’ose pas s’approcher trop de la digue, Joe a dit qu’il lui achèterait des nouvelles lunettes et même s’il ne le fera jamais, au moins, il l’a dit, c’est déjà ça.
Joe ne pose pas de questions, Joe fait son job de sauveteur-Noki sans réfléchir et sans se plaindre. Joe a appris à Noki à se battre alors parfois ils se tapent dessus tous les deux, quand Noki étouffe sous son toit et ses murs, lui qui n’a connu que la rue sale, la rue sale. Joe n’a encore jamais pris Noki dans ses bras parce qu’il n’a pas besoin de le faire pour montrer que si Noki s’en allait, il se remettrait à couler.
Noki regarde le pot de peinture blanc posé sur le parquet.
Il sourit un peu.
La semaine dernière Joe lui a dit « on va repeindre ta chambre ». Noki a eu l’impression de perdre son cœur quelque part dans son corps. Sa chambre. Sa chambre mais quelle chambre. Cette pièce, là, là où il dort toutes les nuits depuis un an, avec la toute petite fenêtre et le matelas par terre ?
Oui, ta chambre.
Là où tu dors sur ce que tu appelles ton premier vrai lit parce que Joe t’a dit « il est à toi », là où tu danses si on peut appeler ça danser, oui, pardon, si, on peut appeler ça danser, là où tu oublies, là où tu traques les étoiles, là où tu fais pousser tes prochains rêves, des vrais, là où tu essaies d’écrire, C-È-D-R-E, pendant des heures, là où tu pleures. Là. Juste là, oui.
Noki a choisi du blanc, comme une grande page blanche, et même qu’il sait pas écrire, il espère que sur cette grande page blanche, un jour, il y aura plein de belles histoires. Y en a déjà pas mal. Et Joe, il l’aide à les écrire.
Là Joe monte les escaliers et le cœur de Noki se … Bah commence à battre plus vite.
Et mes étoiles ?
Quoi tes étoiles quelles étoiles ?
Ben là, partout, sur les murs ...
Elles sont invisibles tes étoiles.
Oui c'est moi qui les ai inventées.
Alors elles vont rester c'est bon.
La peinture va pas les effacer ?
Si mais t'auras qu'à en mettre d'autres.
Ah ...
Ben oui mon petit ...

Ça colle les étoiles, ça colle.
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Mer 25 Fév - 17:38

Souvent je me demande ce que je fais, pourquoi je le fais. Parfois mon ventre se serre parce qu’il se demande si c’est légal, tout ça. Est-ce que j’ai vraiment le droit de recueillir un gosse chez moi et de le nourrir et de le loger et de m’occuper de lui comme si c’était le mien ? Je fais comment le jour où la police rapplique et me l’enlève ? Je fais comment, moi, hein ?
Je fais pas.
Noki est entré dans ma vie et il en fait partie. Il en fait partie comme le ciel en fait partie, comme mes tatouages font partie de moi. Et … Je m’y suis habitué. Je me suis habitué à lui, à voir sa trogne pas réveillée le matin. Je me suis habitué à ses sourires qui servent d’au revoir, à ceux qui servent de bonjour. Je me suis habitué à ses coups d’œil en coin qui me demandent de lui foutre la paix quand je l’envahis un peu trop. C’est que j’ai peur pour lui, tout le temps. À chaque fois je tremble pour mon … pour ce petit garçon. Ce petit garçon que j’aimerais prendre dans mes bras mais que je n’ai pas encore eu le courage de le faire. La seule fois où je l’ai tenu contre moi c’est le soir où je l’ai ramassé dans la rue. Il était évanoui contre les pavés humides et il était aussi pâle que la lune. J’ai bien cru qu’il était mort. Mais non, son petit cœur battait toujours sous ses vêtements. Et c’est vrai qu’aujourd’hui je veille sur lui, j’ai toujours une partie de mon cerveau qui se mobilise pour sa personne parce qu’elle s’inquiète sans cesse. Elle s’inquiète du jour où il fermera la porte pour de bon et ne reviendra plus. C’est un bébé, Noki. Mais bientôt il va grandir et avec l’âge viendront les rêves d’évasion.
J’ai été comme lui.
Moi aussi j'ai eu dix-sept ans.
J’ai décidé qu’on allait repeindre sa chambre. Enfin, sa chambre … Elle est pas très grande, le plafond est bas, le parquet usé. Elle est même pas bien éclairée. Le matelas est posé à même le sol mais c’est son lit, c’est le sien. C’est tout ce que je peux lui offrir. Mais j’aime l’idée qu’ici il se sente à l’abri, chez lui. J’aime l’idée qu’il puisse accrocher des choses aux murs, laisser traîner ses caleçons et ses tee-shirts par terre. J’aime l’idée qu’il abandonne son bordel adolescent le matin et qu’il le retrouve le soir.
Noki a choisi la couleur blanche.
J’ai dis d’accord et j’ai roulé un peu loin du village avec lui pour qu’il choisisse la teinte exacte. Peut-être que dans deux mois il en aura déjà marre, qu’il voudra du jaune, ou du bleu qui sait. Il me fera une crise en disant que sa chambre est pas belle, je le menacerai de le foutre à la porte s’il continue et tout ira mieux deux heures plus tard.
Je crois que ça marche comme ça les enfants.
Je sais pas.
J'en ai jamais eu avant ...
Je monte les vieux escaliers et j’ai encore le temps de me demander ce que je suis en train de faire, si cette histoire d’adolescent évanoui c’était pas de la folie. Bien sûr que si. Mais l’histoire se répète. Après Babsi, Noki. Chacun son tour.
Mais Noki c’est mon soleil même quand il fait gris. Même quand il fait nuit. J'ai bien fait de le ramasser, celui-là.
J’arrive dans sa chambre, je lu fais un sourire.
- Tu sais ça va nous prendre un bon bout de temps à tout repeindre … Elle est pas bien grande ta chambre, mais il y a plusieurs couches à passer. Au moins ça va t’épaissir les bras …
Je ris un peu.
De mon rire de géant.
- T’es sûr que tu veux du blanc ?
Je le regarde.
Aujourd’hui il fait soleil, et il y a un carré de lumière sur le parquet. Noki est en plein dedans. Noki ressemble à un miracle.
Et quel miracle …
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Mer 25 Fév - 21:30

Quand il est arrivé Noki guettait le bruit toute la journée. Le cœur lourd que Joe soulevait dans les escaliers. Il y a des gens comme ça, ils ont le cœur énorme, de gentillesse, de peine, ou les deux à la fois et voilà, ça s’entend surtout quand ils montent les escaliers. Quand il entendait ce bruit, Noki, par la puissance de la peur, se dressait au milieu des draps plein de fièvre. À chaque fois il imaginait Joe, ses oiseaux dansant sur la clavicule et dans son cou, lui dire avec sa grosse voix de chasseur de petits garçons : ça suffit maintenant, tu dégages. Mais à la place, Joe-les-oiseaux, en fait, ne disait jamais rien. Alors Noki a arrêté d’avoir peur à chaque bruit d’escalier. Et un jour Joe lui a juste dit : tu peux rester. Et Noki resta. Et maintenant ça va.
Noki, ça va, ça pousse.
Son cœur grandit et son ventre aussi.
De quoi donner envie de manger et d’aimer … Enfin.
Oui les étoiles ça colle, ça colle aux basques, ça s’accroche, ça reste dans les bras, ça lâche pas l’affaire. La preuve : quand Joe l’a trouvé, il restait des étoiles sur Noki, celles qu’il avait piochées dans toutes les couleurs, au cirque, il en a fait son salaire en gros. Attention, pas beaucoup hein … Des étoiles. Sur Noki. Y en avait que quelques unes. Des survivantes.
Elles sont comme ça les étoiles. Messagères des planètes, elles élisent des copains qu’elles suivront jusqu’au bout de la galaxie, même en rampant, même en slalomant entre les balles. Alors t’en fais pas Noki, t’en auras toujours des étoiles à clouer au mur. Et quand y en aura plus, y en aura encore.
Joe prend toute la place dans l’encadrement de la porte.
Ça gêne le soleil.
Mais bon, ici, on s’en fout, du soleil.
On a déjà plus les bateaux. On est habitués à faire plus sans qu’avec.
- Tu sais ça va nous prendre un bon bout de temps à tout repeindre … Elle est pas bien grande ta chambre, mais il y a plusieurs couches à passer. Au moins ça va t’épaissir les bras …
Et alors ce petit morceau de soleil, lumineux sans le savoir, Noki, remonte les manches d’une chemise trop grande pour lui, et regarde ses bras. Il s’approche de Joe et remarque au passage qu’il n’est pas si grand que ça, un tout petit peu plus que lui mais c’est tout, c’est une histoire de quelques centimètres, la différence, elle est dans les bras. Ceux de Joe sont « épaissis » et ceux de Noki ont parfois du mal à serrer Cèdre contre lui. Des vraies baguettes. Mais de fée. De fée. Il serre le poing pour faire gonfler des muscles qui n’existent pas mais y a rien à faire. Joe a des bulldozers à la place des bras, des bulldozers avec des dessins en plus, et Noki reste une fée.
Mais sourit.
Sourit, quand même.
- T’es sûr que tu veux du blanc ?
C’est une question piège ?
C’est vrai que du blanc c’est débile. Il pourrait dire non ça va. Il pourrait dire si, en fait. Je veux changer. Alors Joe jetterait quelques unes de ses couleurs dans le pot de peinture et inventerait un arc-en-ciel. Sauf que ça fait déjà longtemps qu’il lutte contre le temps pour continuer d’apercevoir un peu de rose ou de doré. Des couleurs … C’est beaucoup demander …
- Oui, oui … Comme l’écume. C’est pas joli ?
Il hausse les épaules.
Si tu savais ce qui est joli toi.
Cèdre ?
Oui, Cèdre, si tu veux.
Noki prend un des pinceaux qui est posé par terre, le plus petit des deux, petits bras petit pinceau. Il le fait tourner entre ses doigts, peut-être que s’il le fait tournoyer comme ça assez longtemps, comme si ça pouvait lui donner une quelconque réponse au bout d’un moment. Si on réfléchit bien, c’est le bout poilu qui doit servir à peindre, mais si ça se trouve, les pinceaux c’est comme les garçons : c’est pas logique.
- Je … je sais pas dans quel sens ça se tient.
Et Joe lui montrera.
Joe invente des demains pour Noki.
Et maintenant, pour lui, les jours, c’est plus seulement des trucs pour faire joli.
Et Noki
apprend
ce que ça veut dire
que d’être en vie.
Et les étoiles qui veillent au grain.
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Jeu 26 Fév - 18:15

Je regarde Noki et je me demande ce à quoi il peut penser. Qu’est-ce que je suis, pour lui ? Est-ce que je suis un ami, quelqu’un, un mec qui l’héberge ? Est-ce que je suis plus ? Est-ce que je suis quelqu’un de bien, pour lui ? Un modèle ? Est-ce que je représente la figure paternelle ? Si c’était le cas, si je représentais la figure paternelle, ça me ferait quelque chose. Je veux dire, quand je le regarde qui dort avant d’aller dormir, ça me fout une grande claque, à chaque fois. Je pense qu’il est adorable avec ses yeux fermés, ses cheveux qui ont fait la guerre et sa couverture en vrac sur lui. Je lui dis toujours bonne nuit même s’il ne m’entend pas. Enfin … peut-être qu’il m’entend quand il rêve …
- Oui, oui … Comme l’écume. C’est pas joli ?
Ses épaules font un mouvement vers le ciel.
- Si, Noki, c’est très bien.
J’ai la voix tendre de celui qui dirait oui à tout. C’est vrai, Noki je pourrais difficilement le regarder dans les yeux et lui dire non, je refuse. Je pourrais difficilement lui tenir tête, l’engueuler très fort, le foutre à la rue une nouvelle fois. Pour le moment je trouve que l’on cohabite bien ensemble. On ne se parle pas beaucoup, nos discussions sont courtes mais je sais que tout ça c’est très lourd de sens. Je sais aussi qu’on n’a pas besoin d’effusions immenses et spontanées pour se prouver des choses.
Il se penche pour prendre un pinceau et
- Je … je sais pas dans quel sens ça se tient.
Oh …
J’ai tendance à oublier qu’il faut presque tout lui apprendre. Le gamin il sait à peine tenir un crayon … alors un pinceau. J’ai essayé de lui apprendre à lire et à écrire mais c’est compliqué. J’ai eu des professeurs pour m’apprendre à le faire et c’est venu presque tout seul. Mais moi je suis pas un bon pédagogue, je sais pas. Je fais des fautes moi aussi alors autant dire que recopier sur moi c’est pas viser l’excellence. Mais il a fait des progrès. Je lui ai acheté des livres et des cahiers pour qu’il s’entraîne. À recopier l’alphabet et tout, apprendre à former ses lettres.
Il a dix-sept ans.
Mais il en a aussi cinq et quarante à la fois. Il est extraordinaire, ce garçon.
Je me baisse moi aussi pour prendre le rouleau. Le vendeur du magasin de bricolage m’a dit que c’était mieux pour couvrir de plus grandes surfaces, et j’ai pris un petit en plus, pour Noki … Parce que le bricolage, la peinture, toutes ces choses-là, je sais pas faire non plus. Je dois prendre un peu d’avance à chaque fois pour pouvoir lui expliquer, au gosse. Jamais de la vie j’aurai pensé faire ça, aller dans un magasin de bricolage pour acheter de la peinture pour repeindre une chambre.
Il y a des rencontres, comme ça, des garçons allongés sur le trottoir. Et ces personnes-là vous apprennent que vous ne savez absolument rien de la vie, qu’il vous reste un nombre de choses infini à apprendre et à apprendre aux autres. Ça m’a appris que j’étais capable de cuisiner autre chose que des pâtes, ça m’a appris que je pouvais me lever tôt le matin pour lui faire l’école, ça m’a appris que j’étais capable de prendre soin de quelqu’un, de m’inquiéter, d’avoir peur, d’être heureux, d’être triste, d’être fier.
D’être fier.
- Le manche en bois dans ta main, la tête du pinceau dans la peinture puis contre le mur.
J’ouvre le pot de peinture, j’espère qu’il y en aura assez pour couvrir toute la chambre. Je trempe mon rouleau dedans pour lui montrer et j’applique sur la paroi pour lui donner un peu de lumière. Une page blanche.
Noki n’est pas retourné à la rue.
C’est qu’il doit aimer être ici, avec moi, au moins un peu.
- Tu vois c’est pas difficile … Tu peux aller faire les coins toi, vu que ton pinceau est petit.
Mais parfois je sais pas comment je suis censé le traiter. Est-ce que je dois agir comme s’il était un presque adulte ou comme un adolescent qui aurait oublié de passer par la case de l’enfance ?
- Tu faisais quoi avant ici ?
Un an que je l’ai récupéré.
Et pourtant.
Je ne sais même pas qui il est, d’où il vient, s’il a une famille, des amis, s’il est heureux, son passif, s’il croit aux extraterrestres, s’il a peur du noir, s’il a déjà bu du whisky, sa couleur préférée, ce qu’il veut faire plus tard …
Rien du tout.

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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Jeu 26 Fév - 21:26

Noki regarde Joe.
Il le regarde souvent, comme si les rides sur son front, les tâches de vie sur son visage, la barbe qui mange sa bouche, comme si tout ça réuni pouvait répondre aux questions que Noki n’ose pas poser. Pas le courage ou pas le droit, on se demande. Mais y a quelque chose. Une pudeur immense entre eux, un truc de géants.
Tu faisais quoi avant que j’arrive ?
T’as changé depuis que je suis là ?
Parce que Noki, il fait l’effort de sourire un peu plus.
Et ta barbe, elle pique ?
Joe ramasse le plus gros des pinceaux, un grand rouleau qui pourrait facilement effacer Noki tout entier s’il avait de la peinture invisible, ou le rendre brillant à coup de rouleau-paillettes, bref, un truc énorme, bien plus grand que ton petit pinceau. Il le trempe dans la peinture (on dirait de la neige liquide ou des vagues qui auraient trop mangé, c’est ce qu’il se dit Noki) en donnant trois consignes au gamin qui se les répète : le manche en bois dans la main / la tête du pinceau dans la peinture / puis contre le mur.
- Tu vois c’est pas difficile … Tu peux aller faire les coins toi, vu que ton pinceau est petit.
Il aurait bien aimé que Joe s’approche un peu de lui, prenne son bras et le positionne comme il faut. Déplie ses doigts, pose le pinceau dans la paume de sa main et referme ses doigts. Il aurait bien aimé qu’il l’effleure au moins un peu.
Il sait pas pourquoi.
Ah, si.
C’est pas un truc d’amoureux. C’est un truc de famille. Un truc de vieux frères. Un peu de tendresse au-delà des mots de tous les jours, les mots de « fais attention » et tous les autres. Entre l’Absent et le Lointain, Noki, il coule. Il continue de se serrer dans ses bras le soir pour s’endormir, en se disant qu’il a déjà bien de la chance.
Bien de la chance.
T’as vu.
Y en a encore que ça intéresse, tes étoiles à deux balles et tes couleurs délavées.
Râle pas …
Et Noki ne râle pas. Le manche en bois dans la main, il trempe la tête du pinceau dans la peinture, puis va se ranger dans un coin et pose le pinceau contre le mur. Il rougit. Ça fait juste un gros point blanc. S’il en faisait deux autres à côté ça ferait des points de suspension, un peu comme ce qui se passe dans sa tête en ce moment. Alors il se rappelle d’un très vieux truc, d’un monsieur qui repeignait un tabouret en coulisse, et d’un garçon (lui, Noki), qui dit : « comment vous faites pour faire danser ce truc sur le tabouret monsieur ? » Faut faire danser le pinceau sur le mur. C’est ça. Et Noki fait danser. Noki danse. On dirait qu’il fait des nuages sur le mur.
Il sourit.
Il sourit.
Il sourit.
Si ça se voit pas, c’est parce qu’il sourit juste pour lui.
- Tu faisais quoi avant ici ?
Il se tourne vers la grosse voix de Joe et puis il recommence à regarder le mur blanc pour l’aider à se vider la tête.
- J’étais dans un cirque.
Ça le fait marrer l’abruti. Il s’imagine en clown, en animal de foire, en lion qui saute dans un cerceau de flammes, en éléphant acrobate, en funambule, en danseuse, en jongleur, en équilibriste, en mime, en homme-canon et effectivement, ça le fait marrer. Comme ça ne fait de mal à personne, ce petit rire qui sort direct du cœur, il se laisse faire. Ça le fait marrer parce qu’il était toujours dans l’ombre pour faire la lumière, lui, et qu’on peut pas vraiment appeler ça « être dans un cirque », comme si on était un cracheur de feu ou un contorsionniste (et y en avait). Lui, il appuyait sur des boutons, et si parfois c’était de la sacrée voltige (il aimait bien mettre du bleu puis du blanc, et ils étaient chacun à l’opposé de l’autre), il avait jamais peur de tomber. Jamais peur. Juste de pas toujours trouver les couleurs.
- J’étais éclai …
Allez.
- … gara
Pousse.
- Éclairagiste. Les lumières.
Il a essayé de les voler en partant. Les lumières.
Ça rentrait pas dans son sac. Trop petit et trop de trous.
Un an pour dire tout ça. Si peu. Rien. Éclai - gara - éclairagiste. Un an et un mois. Aujourd’hui. Noki le sait grâce à l’espèce de calendrier qu’il a dans la tête. Un an et un mois d’accalmie. Un an et un mois de chauffage et d’assiettes pleines. Il fait semblant d’avoir oublié parce qu’il ne sait pas si c’est le genre de choses qu’on fête. On trinque pour l’anniversaire d’arrivée d’un garçon au ventre grand comme le monde ? Crois pas. On dit merci. Oui mais comment ? Très fort dans la tête comme ça regarde :
merci.

merci.
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Ven 27 Fév - 19:02

Je m’arrête dans mes gestes de peintre pour regarder Noki. Au début on dirait qu’il sait pas trop quoi faire avec son instrument tout nouveau entre les mains. Il commence par un gros point blanc puis part dans des figures plus abstraites, ça a l’air de l’amuser. Il fait de grands gestes avec ses grands bras tout maigres et moi ça me fait sourire, encore.
Encore.
Il me fait sourire, ce garçon, c’est comme ça. Je le regarde et je me dis que ça valait le coup d’aller le ramasser, celui-ci. Ça valait le coup de le prendre dans mes bras et de le ramener à la maison, de m’occuper de lui. Est-ce qu’il a grandit depuis tous ces mois ? Sûrement, ils grandissent vite à cet âge-là. Je retourne à mon mur et je continue d’y étaler le blanc, de haut en bas, en m’appliquant. C’est sa chambre et je veux que ce soit bien fait. Je veux que quand il invitera ses copains à la maison, qu’ils trouvent ça beau, qu’ils lui disent qu’elle est « cool » sa chambre. Que c’est pas une chambre toute nulle avec un pauvre matelas et une fenêtre toute pourrie.
- J’étais dans un cirque.
Son rire résonne dans la pièce.
Dans ma tête il y a plein de points d’interrogation. Si je m’y attendais … Je savais pas qu’il avait un talent caché. Peut-être qu’il sait faire des trucs comme jongler, jouer avec du feu, danser, faire du trapèze, marcher sur un fil … J’y suis pas tellement allé, au cirque, quand j’étais gamin. Ils venaient pas souvent par ici. Mais je me souviens, quand j’y allais … c’était quelque chose. Il y avait des animaux de partout, des gens en jolis costume, de beaux numéros. Mais j’étais un enfant. Et puis j’ai cessé d’y aller de la même manière que j’ai arrêté de regarder le ciel, la mer, les oiseaux, les bateaux et toutes ces choses qui tant de fois ont fait battre mon cœur. J’espère que je vais arrêter d’avoir cette mauvaise habitude. J’espère que je vais continuer d’aimer la belle Babsi qui dort à l’hôtel et mon Noki qui dort ici.
- J’étais éclai … gara … Éclairagiste. Les lumières.
Ça me fait sourire.
Il faudra qu’il apprenne à l’écrire, ce mot. Il pourra le mettre sur son CV pour quand il sera grand.
- Tu m’apprendras comment on fait ?
J’ai un peu honte de savoir aussi peu de choses sur lui. Pourtant un an … un an c’est long. Mais on dirait que j’ai pas eu le temps, que tout est allé très vite. Parce que d’abord il a fallu lui expliquer ce qu’il faisait chez moi, puis l’apprivoiser, tout doucement. J’ai dû lui prouver que malgré mes airs de bucherons, malgré ma barbe pas très accueillante, mes tatouages, que malgré tout ça, j’étais inoffensif. Que je suis tombé sur lui comme on tomberait sur un trésor. Il a fallu lui tendre la main tout doucement jusqu’à pouvoir le toucher sans qu’il ne s’enfuie, il a fallu prendre son temps. Puis l’école, aussi. Les cahiers, les crayons, écrire sans trébucher, sans faire de fautes. Ça nous a pris du temps ça aussi. Je savais pas qu’élever les enfants des autres c’était autant de boulot. Avec Babsi j’ai mis moins de temps grâce à l’amour. Mais Noki … Noki c’est autre chose. J’ai l’impression d’être un vieil arbre et que lui est une jeune pousse qui grandit avec moi. Et je trouve ça merveilleux cette sensation. Je sais que j’ai raté seize ans de sa vie, je sais que j’ai loupé plein d’épisodes … Mais j’aime l’idée que j’ai le reste de ma vie pour apprendre à le connaître. J’ai le reste de ma vie et je crois que ça fait un bout de temps. Peut-être un demi-siècle si je suis optimiste.
- Avant j’étais marin. On allait en mer avec les autres. T’imagines que j’étais payé pour voyager ? J’peux te dire que j’en ai vu, des mers et des océans. Avec l’équipage on s’arrêtait au milieu de la mer. Tu la connais pas cette sensation, mais c’est quelque chose d’être sur le pont du bateau, de regarder autour de soi et de ne voir rien d’autre que de l’eau, de l’eau partout, à perte de vue. Au début, ça fout les chocottes. Tu te demandes quand est-ce que tu reverras ta maison, ta famille, tes amis restés à terre. Puis tu reviens et c’est comme si t’étais jamais parti, comme si …
Comme si c’était rien qu’une pause dans la vie. Les cheveux plein de sel, les yeux rouges et fatigués à cause du vent. Il lui reste tellement de choses à voir, à Noki. Dix-sept ans, c’est rien. C’est à peine le quart de sa vie. Imagine tout ce qui lui reste d’incroyable à faire …
Je me suis interrompu dans mon long monologue.
Parce que je me souviens plus. Ça fait longtemps que j’ai pas navigué. Et puis j’oublie, j’oublie.
Faut me répéter, à moi.

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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Ven 27 Fév - 21:43

merci.
merci.
merci.


Oui bon ça va là.

Chut.
merci.

(T’entends Joe ?)

- Tu m’apprendras comment on fait ?
Noki hausse les épaules en regardant les vagues qu’il fait sur le mur. Sa chambre, on dirait une mer immense, pâle, une mer de neige. Ce soir quand il se mettra dans son lit il se prendra pour le premier capitaine de bateau à naviguer sur une mer enneigée. Et y aura les bruits qui vont avec. Mais pas de tempêtes. Des tempêtes Noki en a eu pleins dans la vie, et maintenant il voudrait un gros soleil de quatorze kilos sur chaque épaule.
Noki hausse les épaules parce qu’on fait pas la lumière comme ça.
On fait pas la lumière n’importe où … Pas ici tu vois.
Et son pinceau tourne, tournoie, tournevole, Noki imagine que la peinture suit la musique d’un piano qui court, qui court, pourtant il y connait rien mais c’est à ça aussi que ça sert l’imagination. À se figurer tout ce qu’on ne connaît pas. À force de rien connaître, Noki est devenu très doué et son pinceau qui danse comme sur de la musique de piano, franchement, c’est crédible. En fait Noki attend. Maintenant qu’il a l’impression d’avoir dit quelque chose de très important sur lui, c’est comme si Joe allait s’y mettre aussi. Chacun son tour. Mais il ne veut pas poser vraiment la question, à cause de Cèdre qui n’y répond jamais. Et puis peut-être que ça va prendre du temps peut-être que Joe, il parlera que ce soir.
Joe c’est pas un éclai … gara … éclairagiste.
Joe ça se raconte en plusieurs phrases. C’est sûr.
Noki peint et s’impatiente dans son coin.
Peut-être qu’il va enfin COMPRENDRE Joe, ses silences, ses petites attentions inattendues, Babsi à l’hôtel du port, ses bouteilles rangées, ses tatouages, sa maison misérable, son air triste et résigné, comme mort et enterré, ses étoiles éteintes, ses coups de couleur, sa voix marquée encore plus que sa peau, son cœur de traviole, ses cicatrices, ses incertitudes aveuglantes et ses certitudes déprimantes, et pourquoi il écoute jamais de musique …
Tout ça ? T’as trop faim Noki. Un peu moins. Demande un peu moins.
D’accord.
D’accord.
- Avant j’étais marin.
Noki pose le pinceau contre le pot de peinture.
Il s’assoit par terre au milieu de la pièce et regarde tout sauf Joe.
- On allait en mer avec les autres. T’imagines que j’étais payé pour voyager ? J’peux te dire que j’en ai vu, des mers et des océans. Avec l’équipage on s’arrêtait au milieu de la mer. Tu la connais pas cette sensation, mais c’est quelque chose d’être sur le pont du bateau, de regarder autour de soi et de ne voir rien d’autre que de l’eau, de l’eau partout, à perte de vue. Au début, ça fout les chocottes. Tu te demandes quand est-ce que tu reverras ta maison, ta famille, tes amis restés à terre. Puis tu reviens et c’est comme si t’étais jamais parti, comme si …
Noki a l’impression de se réveiller d’un rêve de quelques minutes. Un rêve-express bercé par la voix ours de Joe, baigné de ses souvenirs. Et un petit arrière-goût salé aussi. Quelque chose qui reste. Mais elle est où la fin de l’histoire ? Et le bateau ? Il est cassé ?
- Comme si quoi ?
Continue Joe …
Mais Joe ne continue pas, on dirait un gamin perdu dans une grande maison qu’il ne connaît pas. Le bateau doit être cassé oui, parce que Joe s’accroche à son rouleau de peinture comme s’il était en train de se noyer. Noki reste assis par terre et le regarde comme aucun autre adolenfant d’aujourd’hui ne saurait le faire. Parce que Noki, c’est un adolenfant du passé-lumière des étoiles, c’est pour ça. Il sait regarder Joe comme personne sait faire, mais il arrive quand même pas à tirer les ficelles de ses mots. Joe bataille dans les souvenirs et ça a même plus l’air si beau.
Noki change de tactique.
Se lève, reprend son pinceau, retourne à ses vagues de piano.
- J’aimais bien travailler au cirque. J’avais juste à appuyer sur des boutons, faire des couleurs dans tous les sens, fallait pas que ce soit trop moche mais en fait les gens s’en foutent un peu. Bon c’est vrai que quand le funambule arrive il fallait que je mette toute la salle dans le noir et que j’éclaire juste le mec parce que sinon ça les mettait pas dans l’ambiance mais bon … Donc j’avais droit au spectacle tous les soirs. Je crois que c’était un cirque super célèbre parce que ce qu’ils faisaient c’était spectaculaire, et y avait toujours un monde incroyable. J’ai eu de la chance de trouver du travail là-bas, c’est l’autre gars des lumières, il venait juste de partir avec la danseuse … Et comme je pouvais pas dansé, j’ai illuminé. Il m’a viré, le boss, parce que j’y voyais de moins en moins bien, que dalle. Tu sais que j’vois beaucoup mieux depuis que j’suis ici.
Voilà.
Petits bouts de Noki par petits bouts de Noki.
Et petits bouts de Joe par petits bouts de Joe.
Chacun son tour. Joe Noki Joe Noki Joe Noki
Pas
à
pas
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Sam 28 Fév - 9:42

Noki fait des dessins abstraits sur le mur, des traits plus ou moins ondulés. Le mur ne ressemble absolument à rien. Il y a mon côté où tout épais et longiligne et le sien qui ressemble à la feuille de dessin d’un enfant. Je le laisse faire, c’est sa chambre, après tout, ce sont ses murs. Peut-être qu’il reculera, regardera l’ensemble et dira « on arrête tout, on laisse comme ça, c’est très beau ainsi ». Je dirai oui, d’accord, et sa chambre ressemblera à une toile abstraite. Noki le pinceau lui va bien, peut-être qu’il faudrait que je lui achète des toiles et de la peinture, pour qu’il puisse continuer à faire ce qu’il fait là. Peut-être bien que je lui demanderai.
- Comme si quoi ?
Je ne réponds pas.
Enfin si, un haussement d’épaules. Quelque chose de très lourd, un effort presque insurmontable et un soupir derrière. C’est pas que je ne veux pas lui répondre, c’est que la réponse, je la connais pas, je ne la connais plus. Je sais même plus ce que c’est d’avoir la mer sous les pieds, la mer qui tangue, la mer qui rugit, la mer qui s’agite. Je sais même plus ce que c’est d’entendre les mouettes hurler le matin. Je sais même plus ce que c’est de voir un lever de soleil en pleine mer. Je me souviens même pas quand c’était la fois où j’ai vu des dauphins jouer dans le sillage du bateau. Je me souviens plus de tout ça parce que mon esprit a tiré une croix là-dessus d’un coup, il a fait une rupture avec cette partie de ma vie, il a dit stop, je n’en veux plus, je n’en peux plus de tes escapades stupides à travers les océans.
À la plage je me suis mis à ramasser Babsi et Noki dans la rue.
Pensant qu’ils me provoqueraient les mêmes sensations, qu’ils me redonneraient goût à toutes ces choses-là. Ils ont réussi, quelque part. Ils ont réussi à m’emmener jusqu’à mes limites, ils m’ont appris un tas de choses sur moi, qui je suis, qu’est-ce que je fais là, pourquoi eux (…)
Mon flot de pensées s’interrompt avec Noki qui retourne peindre des choses sur son coin de mur. Il parle.
- J’aimais bien travailler au cirque. J’avais juste à appuyer sur des boutons, faire des couleurs dans tous les sens, fallait pas que ce soit trop moche mais en fait les gens s’en foutent un peu. Bon c’est vrai que quand le funambule arrive il fallait que je mette toute la salle dans le noir et que j’éclaire juste le mec parce que sinon ça les mettait pas dans l’ambiance mais bon … Donc j’avais droit au spectacle tous les soirs. Je crois que c’était un cirque super célèbre parce que ce qu’ils faisaient c’était spectaculaire, et y avait toujours un monde incroyable. J’ai eu de la chance de trouver du travail là-bas, c’est l’autre gars des lumières, il venait juste de partir avec la danseuse … Et comme je pouvais pas danser, j’ai illuminé. Il m’a viré, le boss, parce que j’y voyais de moins en moins bien, que dalle. Tu sais que j’vois beaucoup mieux depuis que j’suis ici.
On y pense pas assez, aux éclairagistes. Noki était alors de ceux qui se tapent le boulot des coulisses, de ceux qu’on applaudit jamais parce qu’ils restent dans l’ombre. La prochaine fois que j’irai au cirque, j’applaudirai pour les artistes mais surtout pour l’artiste des lumières, là dans l’ombre, celui qui joue avec ses mains sur le tableau de bord, celui qui donne de la couleur au chapiteau, celui qui transforme l’artiste en étoile terrestre …
Il dit qu’il voit beaucoup mieux de puis que je suis ici.
Je regarde son dos tourné et je lui souris.
Je sais pas tellement ce que ça veut dire, peut-être qu’il était aveugle là-bas parce que pas très heureux. Ou peut-être qu’ici il fait moins sombre, on voit plus le soleil, peut-être que c’est parce qu’il y a des gens qui l’aiment, autour de lui.
Je pose mon rouleau de peinture au sol et je vais m’asseoir sur le bord de son lit.
- Je t’achèterai des lunettes.
Je dis d’abord.
- J’aimais bien être marin, moi aussi. J’aimais tout ce qu’il y avait autour, j’aimais chanter avec l’équipage, j’aimais fêter leurs anniversaires, leurs rires … J’aimais la vie sur la bateau, les choses belles et les moins belles. Je crois que j’ai arrêté quand les bateaux sont partis, ça s’est fait d’un coup, comme ça. Ils s’en sont allés les uns après les autres, quittant peu à peu les quais, vidant la mer. Ça a pris quelques mois, peut-être deux ans, peut –être moins … J’ai attendu d’avoir le courage de remonter sur un navire pour repartir mais j’avais les jambes clouées ici.
Puis j’suis jamais remonté.
Et j’ai tourné le dos à l’océan, aux sirènes, au bleu, aux tempêtes.
J’ai regardé le fond de mon verre, y trouvant le confort nécessaire pour pouvoir survivre.
- Tu voudrais retourner au cirque, un jour ?
Ou toi aussi t’as tiré une croix là-dessus ? Toi aussi t’as laissé tomber le jour où le cirque à plié bagage, pliant le chapiteau, fermant les roulottes et partant sans toi ? Je suis sûr qu’ils lui ont fait ça.
Fallait le voir quand je l’ai récupéré …
C’est à peine si on pouvait recoller les morceaux.

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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Sam 28 Fév - 21:21

Quand Noki s’est réveillé pour la première fois dans ce qu’il allait appeler plus tard son lit, avec comme éclipse du champ de vision celui qu’il appellerait plus tard son seul père désigné par les météorites, il avait mal au crâne. Trop d’étoiles, trop de fièvre, trop de souvenirs qui piétinent sur les autres. Quand il a recommencé à parler, Joe lui a donné son nom et lui a demandé le sien. Noki. Il l’a dit. Ça lui a semblé bizarre sur le moment, comme si c’était plus vraiment lui, Noki.
- Comment ça s’écrit ?
- Comme noki.
Joe a laissé tomber.
Aujourd’hui, c’est à peu près tout ce Joe sait de Noki :
il s’appelle Noki
et ça s’écrit « comme noki ».
Noki N-o-k-i tire peu à peu les rideaux qui le couvrent aux yeux de Joe, se débarrasse de toutes les couvertures qui protègent ses souvenirs, les retiennent prisonniers du passé, d’avant. Il se sent un peu moins lourd, lui qui a jamais eu personne à qui raconter ses journées en rentrant à la maison. Pas de parents, pas de maison. Noki voudrait alors raconter à Joe les mille couleurs du chapiteau, le contraste entre les tons foncés du ciel nocturne et l’immense tente jaune et rouge, visible même dans la nuit, comme fluorescente. Mais chacun son tour.
- Je t’achèterai des lunettes.
Ils sourient sans se regarder.
- J’aimais bien être marin, moi aussi. J’aimais tout ce qu’il y avait autour, j’aimais chanter avec l’équipage, j’aimais fêter leurs anniversaires, leurs rires … J’aimais la vie sur la bateau, les choses belles et les moins belles. Je crois que j’ai arrêté quand les bateaux sont partis, ça s’est fait d’un coup, comme ça. Ils s’en sont allés les uns après les autres, quittant peu à peu les quais, vidant la mer. Ça a pris quelques mois, peut-être deux ans, peut-être moins … J’ai attendu d’avoir le courage de remonter sur un navire pour repartir mais j’avais les jambes clouées ici.
On dirait qu’il n’écoute pas mais Noki a les oreilles et le cœur grand ouverts.
Il peint sa mer de neige et imagine que c’est Joe qui y navigue, invincible et gigantesque à l’avant d’un bateau pas plus grand que Babsi. Il tend le bras pour atteindre le haut du mur, c’est facile parce que le plafond est incliné. Noki c’est la première fois qu’il se sent grand et Joe a arrêté de parler. Il dépasse accidentellement sur le plafond et retire le pinceau comme un gamin qui a fait une grosse bêtise. Mais Noki personne l’a jamais fâché pour ses bêtises. Y avait personne pour ce job. Y a jamais eu personne. Ni pour l’engueuler ni pour l’aimer ni pour l’accueillir le soir après l’école. Pas d’école non plus d'ailleurs.
- Tu voudrais retourner au cirque, un jour ?
Il hausse les épaules mais c’est pas vrai.
Il sait, il est sûr, il veut pas retourner là-bas …
… il voudrait pas quitter Joe.
Mais c’est difficile de dire à quelqu’un « je voudrais te sauver la vie comme t’as fait avec moi ».
- Non j’suis bien ici je … Ils voulaient plus de moi de toute façon. Trop bigleux, trop jeune, trop orphelin, trop incapable d’écrire, trop con et trop tout ce que tu veux.  Et puis j’aimais pas tellement. Y avait tout le temps du bruit et les autres ils me parlaient comme si j’étais d’la merde. Je suis pas très cultivé et tout, mais je suis pas de la merde moi. Enfin j’crois pas. J’aimais bien les lumières et tout ça mais fallait tout le temps bouger, dormir par terre ou dormir avec les animaux, c’était pas le grand luxe … Pas pour moi tu vois. J’en avais marre de courir. J’en avais marre d’être mal payé. J’préfère pas être payé du tout. Et avoir une vraie chambre avec toi juste à côté.
Non, ça il l’a pas dit en fait.
« Et avoir une vraie chambre avec toi juste à côté. »
Il a failli mais finalement il a pas osé pourtant vous voyez, il avait préparé quelque chose de chouette et de correct.
- Et toi alors ? Si j’étais un magicien et que je faisais sortir un bateau de nulle part, t’en ferais quoi ?
Il regarde Joe assis en tailleur sur le bord de son matelas et il trouve ça triste. Joe et sa carrière avortée de capitaine des océans mer.
On dirait que Joe se promène avec des débris éparpillés autour de lui. Des morceaux de lui, tombés en ruine, qu’il trimballe difficilement toute la journée sans vraiment pouvoir faire autrement. Des petits bouts cassés et irréparables qui le font ralentir, qui le handicapent, et, peut-être, l’empêchent de retourner sur un bateau. Il doit voir que ça, Joe, quand il baisse les yeux : des cassures de lui jonchées sur chaque sol qu’il foule. Comme s’il avait pris un verre vide, qu’il l’avait cassé par terre et que depuis il pouvait plus se séparer de toutes les miettes.


Dernière édition par Noki le Mar 3 Mar - 20:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Dim 1 Mar - 22:01

J’ai tendance à me sentir misérable, assis là, sur ce matelas posé à même le sol parce que j’ai pas été capable de lui acheter un cadre de lit et des meubles et des livres et de jolis rideaux et toutes ces choses là. C’est aussi que ça me fait tout drôle de remuer tout ça, j’ai l’impression de me prendre une grande claque dans le visage. Je sais pas si j’aime ça. Quelque part ça me fait un peu de bien, d’en parler avec quelqu’un. Et surtout de discuter avec Noki, lui parler de ce que j’ai été, de ce que j’ai aimé. Je sais que quand je sortirai de la chambre il me verra avec un œil neuf, il pensera à tout ce que je lui ai dis et il me connaîtra un peu plus. Quelle est l’image qu’il a de moi ? Un gardien des cœurs avec une barbe et des dessins à l’encre indélébile ? Mais ça me rend un peu triste aussi, un peu terne, un peu ailleurs, là bas, sur la mer ... Ça me fait penser à tout ce que j’aurai pu voir, à tout ce que j’aurai pu vivre. À toutes ces actions inachevées, à tous ces rêves à peine pensés …
Qu’est-ce que je vais encore rater ?
Quand je pose les yeux sur Noki, il a le bras en l’air et il y a une belle trace de peinture blanche sur le plafond. J’ouvre la bouche comme pour dire quelque chose mais je me résigne. Tant pis si Noki laisse des traces de peinture partout. C’est sa chambre, après tout. C’est sa partie de la maison, celle rien qu’à lui, celle où je devrais avoir le droit d’entrer seulement s’il m’en donne l’autorisation.
- Non j’suis bien ici je … Ils voulaient plus de moi de toute façon. Trop bigleux, trop jeune, trop orphelin, trop incapable d’écrire, trop con et trop tout ce que tu veux. Et puis j’aimais pas tellement. Y avait tout le temps du bruit et les autres ils me parlaient comme si j’étais d’la merde. Je suis pas très cultivé et tout, mais je suis pas de la merde moi. Enfin j’crois pas. J’aimais bien les lumières et tout ça mais fallait tout le temps bouger, dormir par terre ou dormir avec les animaux, c’était pas le grand luxe … Pas pour moi tu vois. J’en avais marre de courir. J’en avais marre d’être mal payé. J’préfère pas être payé du tout.
J’suis bien ici.
C’est tout ce que j’avais besoin d’entendre. Comme pour me conforter dans l’idée que je ne fais pas n’importe quoi avec lui et qu’il est heureux, qu’il est heureux quand il rentre, qu’il sait qu’il est en sécurité ici, qu’il ne lui arrivera jamais rien. Et ceux qui disaient qu’il était de la merde, j’irai bien retrousser mes manches pour aller leur casser la gueule. Ils l’ont pas bien regardé, ce garçon. Ils devaient être encore plus bigleux que lui. Parce que moi, Noki, je le vois tous les jours et je sais déjà qu’il vaut mille fois mieux que moi, qu’il est déjà mille fois plus grand, mille fois plus adulte, mille fois plus enfant, mille fois plus tout.
- Non Noki, t’es pas de la merde.
Pas du tout du tout.
T’es un géant, un géant avec un corps tout maigrichon, des yeux très grands et seulement dix-sept ans. Mais y’a pas d’âge pour être grand.
J’ai de la force dans les bras, mais j’en ai pas encore assez pour aller serrer Noki contre moi. J’ai pas encore trouvé le courage au fond de moi pour aller lui donner une étreinte pour lui dire à ma façon que je l’aime beaucoup et qu’il est très important pour moi aujourd’hui. Mais peut-être qu’un jour on aura vraiment une discussion sérieuse. Comme par exemple le jour où il décidera d’aller vivre ailleurs parce qu’il aura grandi pour de vrai. Je lui expliquerai à quel point il m’a apporté ci et ça, à quel point il m’a rendu meilleur homme. Peut-être que je pleurerai un peu et peut-être que je me remettrai à chercher les gosses perdus et seuls dans les rues du village.
- Et toi alors ? Si j’étais un magicien et que je faisais sortir un bateau de nulle part, t’en ferais quoi ?
Et voilà que ça me serre le cœur un peu, encore. J’ai envie de lui dire, j’en sais rien, je sais pas. J’oserai même pas le regarder. J’ai même dû le perdre, le pied marin. J’oserai encore moins monter dessus, peut-être même que le bateau il me laisserait même pas poser un pied sur son pont. L’air de dire, toi dégage, tu nous as abandonné y’a longtemps, on veut plus d’toi, c’est trop tard maintenant.
- Oh ben tu sais, j’pourrais t’emmener avec moi faire le tour des océans.
Il paraît qu’on a le droit de mentir aux enfants. Pas tout le temps, mais de temps en temps, ça passe … J’espère que Noki aura l’innocence suffisante pour me croire. Parce que c’est pas vrai, je suis pas prêt de remonter sur un bateau. J’en ai même pas envie. Je lui tournerai le dos et je rentrerai à la maison comme je l’ai toujours fait.
Je me lève et je retourne tremper mon rouleau dans la peinture. Je continue mes grands mouvements sur les murs.
- T’as décidé de repeindre le plafond aussi ou quoi ?
Je ris un peu.
Il peut repeindre le plafond.
Il peut même repeindre toute la maison.

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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Mar 3 Mar - 20:40

Et les miettes
lui tournent autour
des vraies danseuses.
Des vraies chieuses.
S’il pouvait, Noki chasserait tous les bouts de verre. Il s’inventerait une grosse voix et il leur dirait d’aller voir ailleurs si j’y suis. Ou alors, il les casserait encore plus, jusqu’à ce que ce soit des miettes de miettes, jusqu’à ce que ça donne des paillettes. Il pourrait aussi recoller tous les morceaux, les remettre à leur place sur le corps de Joe pour qu’il soit tranquille et raccommodé en plus de ça. Alors qu’est-ce que t’attends
T’attends quoi
Noki baisse les yeux vers son pinceau.
- Oh ben tu sais, j’pourrais t’emmener avec moi faire le tour des océans.
Il relève la tête si vite que ça craque dans son cou. Il a dû se tendre un muscle ou une connerie comme ça mais il s’en fout parce qu’il a des étincelles plein les yeux. Et si Joe a oublié de mettre un peu d’enthousiasme dans sa voix pour masquer le mensonge, c’est pas grave, Noki, il remarque même pas. Noki, dans sa tête, il est déjà parti. Il a mis trois gilets de sauvetage les uns par-dessus les autres parce qu’il sait pas nager, et il regarde tantôt Joe qui navigue, tantôt les vagues qui se fracassent à toute vitesse contre leur petit bateau (il est tout bleu, aussi bleu que le mur de sa chambre sera blanc ce soir).
Continue de mentir.
Continue va.
- T’as décidé de repeindre le plafond aussi ou quoi ?
Chacun sourit de son côté.
Comme si c’était une bêtise.
Noki rougit un peu et dit qu’il nettoiera. Le plafond est fait de planches de bois vernies et c’est très joli, alors il nettoiera les vagues qui se prolongent accidentellement jusqu’à lui. En attendant, il reprend ses vagues, ses nuages et tous ses je-ne-sais quoi qui vont finir par s’étendre jusqu’au carré blanc, propre et net de Joe. Il veut finir vite, ce soir il veut que tout soit fini, dessiner quelques étoiles au-dessus de la petite fenêtre et s’endormir à sa propre belle étoile.
Il regarde Joe qui a encore l’air triste.
Il ne trouve pas assez de mots à l’intérieur de lui pour se dire qu’il aimerait bien le prendre dans ses bras.
Et puis lui dire. J’aimerais te prendre dans mes bras. Mais en plus beau. Il voudrait prendre cette initiative. Le, Joe, prendre dans ses bras à lui, Noki. Faire deux pas et voir qu’il ne comprend pas ce qu’il va faire. Ou qu’il comprend, et qu’il est d’accord. Comme avant d’embrasser Cèdre pour la deuxième fois. Passer les bras autour de lui, son cou ou son dos, se mettre sur la pointe des pieds s’il le faut. Lui donner un câlin, et pas recevoir. Ça doit faire longtemps que personne l’a enlacé, Joe. Ça se voit dans ses bras. Que c’est lui le roc et le géant. Noki veut le protéger parce que personne ne veut plus le faire. Tout le monde a oublié. Noki veut juste le prendre contre lui. Joe sera même pas obligé de bouger les bras. Il pourra rester comme ça. Juste à se laisser faire.
Ils se disent des choses gentilles en attendant.
(Il lui a dit qu’il était pas de la merde.
Un jour il lui dira peut-être qu’il est exceptionnel.)
- Dis, la peinture, ma chambre, tout ça, ça veut dire que tu me demanderas jamais de partir ?
Il regarde ses bras.
Puis Noki recule de quatre pas (il s’arrête parce qu’il sent bien qu’au cinquième il va tomber, question d’équilibre arrière).
Quatre pas.
Quand on recule de quatre pas, ce petit bout de mur a exactement la tête que Noki voulait lui donner. On dirait vraiment la page blanche qu’il imaginait, sans aucune trace dessus, sans cicatrice, sans fuite, sans rien, nouveau mur nouveau Noki. On dirait un ciel qui va bientôt neiger, on dirait qu’un pétale de rose blanche a enveloppé sa chambre toute entière, on dirait un nuage, on dirait les cheveux d’un vieux qu’il a croisé un jour (un gentil, qui donnait des bonbons et pas des coups de bâton).
Quand on avance de quatre pas ou même de trois ça suffira, on dirait des vagues opalescentes. Des petits tourbillons enneigés, de la mousse. On dirait le ressac qui se fracasse contre les falaises là-bas. Il se dit que s’il arrive à donner à tout le reste de sa chambre cet aspect océan mer discret (à part les morceaux de mur que Joe a peints), il pourra vraiment devenir capitaine de bateau, au milieu des vagues presque transparentes.
C’est comme Noki.
Quand on recule de quatre pas, on voit un garçon tout neuf, qui ne connaît rien encore.
Mais quand on s’approche un peu, on voit le remous de l’eau qui s’agite dans ses yeux et même dans ses bras.
Et attend la réponse à sa question.
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Mer 4 Mar - 20:06

La chambre aura un tout nouveau visage, maintenant. Quelque chose qui sera un mélange de Noki (sa peinture en vrac de son côté) et de moi, Joe, qui tente de faire les choses bien comme il faut. Depuis tout à l’heure j’essaie de peindre bien droit, du sol au plafond sans dépasser. Mais je crois qu’il faudrait que j’apprenne à penser avec un esprit moins fermé. Je devrais prendre exemple sur Noki et donner des coups de rouleau dans tous les sens jusqu’à ce que ça ressemble à un pas grand-chose très joli quand même. Au moins quand il regardera mon côté du mur, il pensera un peu à moi.
- Dis, la peinture, ma chambre, tout ça, ça veut dire que tu me demanderas jamais de partir ?
Je tourne la tête vers lui et je le regarde qui recule de quelques pas puis se rapproche de nouveau de son mur immaculé. Je me demande ce qu’il y voit. Moi j’y vois la symbolique de quelque chose de neuf, une page qui se tourne, qu’il faudra écrire. Je me demande ce que Noki va y écrire, comment il va l’écrire. Avec des tableaux, des posters, des mots qu’il écrira à même le mur ? Des dessins, des coups de pinceau jetés sur la façade blanche ? On verra dans quelques jours, quelques semaines, quelques mois peut-être s’il est toujours là.
Sa question me rend tout chose.
C’est peut-être parce qu’il a ce quelque chose dans sa voix, cette espèce de fissure un peu qu’on ne peut pas lui enlever. Sa voix très innocente et en même temps qui semble comprendre des millions de choses d’un coup. Et voilà, moi ça me rend tout chose, ça me noue un peu la gorge. Peut-être parce que sa question me fait rendre compte de quelque chose.
Que Noki et moi, ce ne sont pas deux personne séparées, deux êtres vivant sous le même toi et partageant des repas et des discussions.
Noki et moi … C’est une famille.
Voilà ce que nous sommes. Une famille pas bien grande, seulement deux, dans une petite maison en plus. Un faux père et son faux fils mais beaucoup d’amour (je crois).
- Non, je ne te demanderai jamais de partir. Ce sera à toi de décider quand tu voudras partir. Mais pour l’instant tu peux rester autant de temps que tu veux. Si un jour tu veux t’en aller, aller vivre avec quelqu’un dans une autre maison, tu iras.
Il ira parce qu’on ne peut pas retenir les gens.
Babsi s’en est retournée sur la route et je ne l’ai jamais retenue. Parce que je sais que ceux qui nous aiment réellement finissent toujours par revenir. Je sais que ceux qui nous aiment comme ça, grand comme dix univers, finissent par revenir. Même si ça prend des années. Un jour ils reviendront, le sac sur l’épaule, les traits changés mais le cœur pareil. Le cœur pareil à avant. Babsi elle est revenue. Et je suis sûr et certain que quand je serai vieux et Noki grand, même s’il n’habite plus avec moi, on finira bien par se retrouver, se revoir, se reparler.
Non, on ne peut pas empêcher quelqu’un de s’en aller. On ne peut pas lui mettre des chaînes invisibles et lui dire « je veux que tu restes ». On ne peut pas faire ça, on ne peut pas arracher des plumes à celui qui essaie de s’envoler.
Et le jour où Noki viendra me dire qu’il est temps pour lui de s’envoler, je dirai d’accord, je dirai vas-y, va voir du pays, amuse-toi, grandis, deviens un homme, apprend la vie, fais de belles choses, de grandes choses.
Et je lui dirai que je l’aime.
Et je lui demanderai de ne jamais, de ne jamais m’oublier et aussi de me téléphoner.
Et que la porte sera toujours ouverte.
Je pose le rouleau
- Bon, petite pause ? Je vais chercher de quoi reprendre des forces.
Je descends les marches et je vais chercher deux bières dans le frigo. J’essaie de me résoudre à ne pas boire devant Noki. Mais une bière ça a jamais tué personne, hein ? Et puis je veux pas qu’il croie que j’suis un type bizarre qui ne boit jamais de coup, comme ça. C’est juste que devant lui j’ai peur de pas réussir à m’arrêter. J’ai peur de continuer encore et encore jusqu’à ce que le sol tangue sous mes pieds, jusqu’à m’écrouler sur les pavés. Alors je fais attention.
Je fais quand il n’est pas là.
De retour, je lui tends sa bière.
Je m’approche du côté de son mur et je regarde ce qu’il a fait. Bon, je suis pas très étonné mais là Noki vient de nous transformer sa chambre en toile abstraite. Je me marre un peu.
- Je me moque pas, c’est cool. Tu t’es bien démerdé.
Je passe ma main dans ses cheveux et je lui souris.
Je fais cogner ma bière contre la sienne puis je la lève.
- À ta nouvelle chambre.

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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Jeu 5 Mar - 20:53

Noki se frotte le front de son bras.
Au passage il se fait une grande trace de peinture blanche mais il s’en rend pas compte.
Et maintenant, on dirait un guerrier Noki.
Alors lève la tête soldat.
- Non, je ne te demanderai jamais de partir. Ce sera à toi de décider quand tu voudras partir. Mais pour l’instant tu peux rester autant de temps que tu veux. Si un jour tu veux t’en aller, aller vivre avec quelqu’un dans une autre maison, tu iras.
Noki fronce les sourcils et c’est tout.
(Il sourit aussi mais juste dans son cœur. On dirait que Joe l’aime beaucoup.)
- Bon, petite pause ? Je vais chercher de quoi reprendre des forces.
Au même moment, le ventre de Noki gargouille.
Joe se lève avec les bouts cassés de lui qui craquent derrière lui et le suivent jusqu’à la porte, jusqu’aux escaliers sûrement mais là Noki ne peut plus les voir. Joe a fermé la porte et Noki est tout seul dans sa chambre moitié-bateau moitié-chambre d’amis. Il l’entend quand même descendre les marches et ouvrir une porte. Quand il n’entend plus que son cœur qui bat tranquillement du côté de son ventre, Noki ferme les yeux.
Il a vingt-sept ans et il veut parler à Joe.
Joe est assis sur le porche de la maison, comme dans les films américains, et lui aussi a dix ans de plus. Sa barbe a poussé et il s’occupe toujours aussi bien de Noki, même si Noki est vieux. Pourtant, quand Noki dit son nom, « Joe », et que Joe se retourne, son cœur bat aussi fort que la première fois qu’il l’a regardé, comme s’il avait peur, comme si … Il est venu lui dire quelque chose d’important. Une phrase qu’il a répétée et répétée et modifiée et répétée. « Je vais vivre avec Cèdre ». Il le dit une dernière fois dans sa tête puis il le dit à voix haute, à Joe, et finalement c’est facile, c’est facile parce que ça le rend heureux de dire enfin ça de vive voix, comme si ça rendait les choses réelles. Je vais vivre avec Cèdre, le garçon dont je suis amoureux depuis dix ans. D’abord on aura une maison et puis peut-être, des enfants.
Joe a quarante-quatre ans et il sourit aussi.
Noki aussi sourit, enfin, non, à ce stade-là ça s’appelle même plus sourire, c’est …
À ce stade-là ça s’appelle même plus aimer, c’est …
Eh merde.
Noki parle à toute vitesse avec du bonheur dans tous les sens. Ils vont avoir une toute petite maison avec une seule chambre et dedans, un seul lit. Ils pourront faire l’amour tout le jour et parler toute la nuit. Dormir quand ils en auront envie. Ils pourront faire du bruit comme des gamins ou apprécier les chuchotis  du silence. Ils pourront écouter la musique à fond, sauter dans les escaliers, danser dans la cuisine et puis éteindre toutes les lumières, s’enlacer sur le canapé. Ils pourront prendre des bains pendant des heures, jusqu’à ce que l’eau soit plus froide encore que celle de la mer. Ils pourront ne jamais sortir de chez eux et partir faire le tour du monde. Ils pourr
- Je me moque pas, c’est cool. Tu t’es bien démerdé.
Noki sursaute.
Noki rougit parce qu’il y a deux secondes il avait vingt-sept ans, il était en train d’embrasser Cèdre et maintenant Joe est là. C’est comme s’il venait de les surprendre.
Joe est revenu avec deux bières.
C’est pas de ça que Noki avait envie mais il la prend quand même et trinque avec Joe.
- À ta nouvelle chambre.
Il sourit distraitement.
Il a encore un peu vingt-sept ans quand il dit :
- Merci.
Il regarde Joe. Ses gros bras qu’il a toujours envie de sentir autour de lui, juste pour voir ce que ça fait un câlin. Sa barbe qui cache tous ses sourires, et qui s’efface sous ses rares rires. Son cou mangé par plusieurs tatouages. Ses muscles qu’on voit même quand il porte des t-shirts. Et puis il y a tout ce qu’on ne voit pas. Ses souvenirs de la mer, ce qu’il en reste en tous cas. Ses remords qui grignotent l’estomac et dont Noki ne connaît pas l’origine. Et pour finir ses fantasmes, ses rêves en grand. Finalement Joe ou Noki c’est pareil, des égarés, occupés à rêver de trucs qui n’arriveront jamais.
- Et Babsi ?
Il a pas besoin d’en dire plus.
Et Babsi, elle voulait partir ?
Et Babsi, elle est allée vivre dans une autre maison ?
Et Babsi, elle est allée vivre avec quelqu’un d’autre ?
Babsi, pourquoi elle est partie alors ?
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Ven 6 Mar - 20:01

Je sais pas si les bons parents font ça.
Trinquer avec leur fils.
De toute façon j’ai jamais dis que j’étais un bon père, encore moins un bon faux père j’essaie juste de ne pas faire trop de faux pas et surtout de faire bien. Mais ça je l’ai déjà dis. Mais Noki est un être qui force tellement ma pensée que c’est difficile de parler d’autre chose que de lui. Parce que parler de moi c’est parler de Noki, parler de moi c’est parler de ce garçon évanoui sur les pavés, c’est parler de ce gosse-squelette presque crevé. Noki si c’était à refaire je referai sans même me poser la question. Je recommencerai chacun de mes gestes avec cette même tendresse venue du ciel, je lui dirai les mêmes mots, ceux qui disaient que tout ira toujours bien, qu’il va quitter son lit, que la fièvre va se barrer, qu’il pourra même courir, sauter, hurler, danser quand il sera prêt.
- Et Babsi ?
Mes mâchoires se serrent.
Je vais m’asseoir sur le matelas de Noki.
- Babsi … Babsi est une amoureuse de la route, de ces kilomètres de bitume qui s’étendent à l’horizon et qui ne s’arrêtent jamais. C’était une vagabonde, elle errait sur les routes et puis elle est arrivée dans ma vie, un peu comme toi. Mais voilà, elle devait aimer la route plus qu’elle m’aime moi alors elle est partie. Elle a fait son sac un jour en me faisant comprendre qu’elle y retournait. Je savais pas pendant combien de temps, ni encore moins quand je la reverrais, si elle allait m’écrire. Et je l’ai jamais retenue.
Maintenant elle est revenue et elle tire un peu la gueule dans sa chambre d’hôtel.
Je hausse une épaule puis je porte le goulet à mes lèvres.
Je sais pas si j’ai bien fait de la laisser partir. Si j’étais resté par terre, à genoux, à la supplier, à m’accrocher à sa jambe, à sa robe, est-ce qu’elle serait restée ? Peut-être. Mais si elle était restée, est-ce que j’aurai connu Noki ? Ça non, j’en suis sûr que non. Parce que mes yeux n’auraient regardé qu’elle et elle seule et le reste m’aurait semblé inutile, indigne de mon regard.
- Aujourd’hui elle est très en colère. Contre toi et contre moi. Contre toi parce qu’elle croit que tu lui as pris sa place, et contre moi parce que je t’ai ouvert la porte. Mais faut pas que tu t’inquiètes, parce que ça va changer, elle va t’accepter, elle va bien finir par comprendre.
Elle va bien finir par comprendre que Noki c’était pas juste comme ça.
Que Noki c’est pas juste quelqu’un, pas juste un gosse, pas juste un garçon de dix-sept ans.
Non.
Peut-être qu’ils devraient se rencontrer, s’asseoir l’un face à l’autre, manger quelque chose, boire un coup, se regarder dans les yeux, faire l’effort de sourire mais surtout celui de réfléchir et de comprendre. De comprendre tout ce qu’ils sont pour moi. De comprendre qu’ils font partie de ma bulle, qu’ils sont dans ma bulle, qu’ils sont ma bulle. Qu’avec leurs bras, leurs corps et leurs esprits ils ont réussi à former une grande barrière autour de moi, assez grande pour nous accueillir tous les trois. Quelque chose de fort, de surpuissant.
J’aimerais qu’un jour on puisse former une famille. Une vraie. Avec Babsi, Noki et moi. Noki entre nous comme notre enfant, Noki qu’on gâtera, Noki qu’on regardera grandir puis à son tour devenir adulte, se marier, acheter une maison, avoir des enfants peut-être. J’aimerais juste qu’un jour on vive tous ensemble sous le même toit, dans un climat d’amour incroyable.
Mais peut-être.
Peut-être qu’un jour ce sera possible, peut-être qu’un jour ce ne sera plus un rêve mais quelque chose d’accessible, qu’on peut toucher et voir. J’y crois. Vraiment. Je me dis qu’il faut les aider, tous les deux, provoquer la rencontre, créer des étincelles. Mais des étincelles de feu d’artifice, de celles qui créent des explosions de bonheur dans les yeux et dans le cœur. Je crois aussi très fort que si je tire assez fort sur les ficelles, ils finiront bien par s’aimer, par se prendre dans leur bras. Je sais que c’est possible. Il faut juste que je devienne une pièce de puzzle, celle qui les rassemblera. Celle qui nous fera devenir un à trois.
C’est que je les aime si fort …
Si grand …

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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Mer 11 Mar - 21:29

Ça dure une seconde ou quelque chose comme ça.
La mâchoire de Joe se crispe.
Et son cœur avec.
Et puis, Noki a à peine eu le temps de remarquer qu’il a le même air que pour parler de la mer, des vagues sous ses pieds, de l’horizon interminable. Le même air que pour parler de ce qui fait mal. De ce qui reste coincé dans la gorge. Une grosse boule de chagrin. Un truc qui reste. Un vilain souvenir tatoué sous la peau. Mais qu’il faut raconter à Noki. Serrer les dents, et lui raconter. Serrer les dents, s’assoir sur le matelit, boire une gorgée de bière, et lui raconter.
Noki regrette la façon qu’il a eu de poser sa question.
Il aurait voulu prendre sa voix d’enfant, celle qu’il a presque tout le temps, celle qui n’a pas eu le temps de muer, entre courir et voler à manger, pas le temps. Cette voix qui met des points d’interrogations innocents partout. Mais il a eu, instinctivement, sa voix d’homme, celle qui dit à sa place qu’il a grandi trop vite, qu’il a été son propre père pendant dix-sept ans, qu’il sait des choses qu’il aurait pas voulu voir. Cette voix. Et avec elle il a parlé sur le ton un peu de la peur et un peu du reproche.
Et Babsi, tu … tu l’as virée, tu vas me virer ?
Et Babsi alors, qu’est-ce que tu lui as fait ?
Pourtant il a rien dit, il a juste dit « Babsi », cinq lettres qui riment avec la nuit, alors soit Joe a compris tout ce qui se cachait derrière son prénom, la question intégrale que Noki n’a pas osé poser, soit. Soit c’est le prénom tout entier, le prénom tout simplement qui a l’air de lui faire mal au cœur comme ça. Noki il connaît cette magie-là du prénom. On lui dit « Cédric » et ça y est il devient tout rouge et il a mal au ventre. T’as pas besoin de lui faire une phrase entière, il percute dès la première syllabe et il court de joie à l’intérieur, il court après son cœur et tout ça. Joe, quand on lui dit « Babsi », ça lui fait froncer les sourcils et on dirait que tous les mots se mélangent dans sa tête, quand on dit « Babsi » il sait pas par où commencer et il a soudain l’air un peu coupable. Un peu triste. Un peu merde.
Il a même besoin de s’assoir.
(Noki aussi, il a besoin de s’assoir quand il pense à Cèdre.)
- Babsi … Babsi est une amoureuse de la route, de ces kilomètres de bitume qui s’étendent à l’horizon et qui ne s’arrêtent jamais. C’était une vagabonde, elle errait sur les routes et puis elle est arrivée dans ma vie, un peu comme toi. Mais voilà, elle devait aimer la route plus qu’elle m’aime moi alors elle est partie. Elle a fait son sac un jour en me faisant comprendre qu’elle y retournait. Je savais pas pendant combien de temps, ni encore moins quand je la reverrais, si elle allait m’écrire. Et je l’ai jamais retenue.
Il boit alors Noki boit.
- Aujourd’hui elle est très en colère. Contre toi et contre moi. Contre toi parce qu’elle croit que tu lui as pris sa place, et contre moi parce que je t’ai ouvert la porte. Mais faut pas que tu t’inquiètes, parce que ça va changer, elle va t’accepter, elle va bien finir par comprendre.
Mais moi je t’aime comme on aime les parents.
Pas comme on aime les Cédric.
Et Babsi elle t’aime comme on aime les Cédric aussi.
Alors pourquoi pourquoi pourquoi tout se mélange
(pourquoi tout se mélange dans la tête de Noki).
Et pourquoi cette tête Joe. Il faut te réconforter ? Noki ça lui fait bizarre de savoir que quelqu’un est en colère contre lui. Alors que Babsi sait rien de lui. C’est ça que ses parents ont ressenti quand ils ont vu Noki ? C’est pour ça qu’ils sont partis ?
- Moi j’aime pas la route. J’ai fait que ça dans ma vie. De la route. C’est toujours la même chose. Et puis quand tu l’as pas choisi c’est pas pareil. Au bout d’un moment t’arrêtes de regarder le ciel. Tu surveilles tes pieds pour pas trébucher, tu surveilles autour pour pas te faire arrêter, tu surveilles tout, tout le temps, c’est …
Il respire.
- J’partirai pas. En tous cas, pas pour retrouver la route. Jamais.
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MessageSujet: Re: CHORÉGRAPHIE (JOE)   Jeu 12 Mar - 20:28

- Moi j’aime pas la route. J’ai fait que ça dans ma vie. De la route. C’est toujours la même chose. Et puis quand tu l’as pas choisi c’est pas pareil. Au bout d’un moment t’arrêtes de regarder le ciel. Tu surveilles tes pieds pour pas trébucher, tu surveilles autour pour pas te faire arrêter, tu surveilles tout, tout le temps, c’est …
Ça me fait un peu mal dans le ventre d’entendre Noki dire ça. J’y pense pas souvent, à son passé, à Noki enfant, parce que je ne sais (savais) rien de lui. Mais je suis sûr que ça n’a pas dû être facile et qu’il doit la détester, cette bande de bitume. Et si j’avais su qu’il se trouvait au bord de la route, si j’avais su l’être incroyable que c’était, je serai venu le chercher bien plus tôt afin de pouvoir le ramener ici. Mais on va dire que j’ai déjà limité la casse, au moins un peu. La simple pensée de l’imaginer, tout petit, marcher seul, au milieu du monde ou encore au milieu du rien … Ça me fout un peu à l’envers. Je ne connais pas ses parents, je ne sais pas ce qui leur est arrivé, ce qu’il s’est passé pour laisser Noki seul mais ça me fout en colère. J’ai du mal avec les gens qui laissent leurs enfants à la merci de la vie. Puis si je m’écoutais, ma maison serait un véritable orphelinat. Parce que je trouve qu’il y a quelque chose d’immense chez les enfants. Il y a quelque chose d’incroyable chez eux : c’est leur innocence. Puis ils ont tous ces trucs, là … Ils ont cette capacité à toujours trouver les mots, à toujours trouver les choses simples, à comprendre le monde avec une facilité incroyable. Puis il y a quelque chose d’extrêmement gratifiant de les voir revenir à la vie. Comme Babsi, comme Noki …
- J’partirai pas. En tous cas, pas pour retrouver la route. Jamais.
Je lui fais un sourire sous ma barbe.
Un sourire qui dit merci pour tout, merci de ne pas me lâcher, merci d’être là, d’être, merci Noki !
- Il ne faut pas que tu te sentes enchaîné à moi.
Parce que je t’ai ramassé, parce que je me suis occupé de toi. Non, la porte sera toujours grande ouverte, que tu veuilles partir ou revenir. Mais ça il le sait, au fond de lui, il se sait tout ça. il le sait que jamais de la vie je pourrais le mettre dehors mais qu’il pourra partir quand il veut. Je n’aime pas retenir les gens, je n’aime pas mettre des poids à leurs chevilles et à leurs poignets.
Je vide ma bière en quelques gorgées puis je me lève d’un coup.
- Allez, fini de glander, on y retourne.
Puis c’est que j’en ai assez de retourner des sales souvenirs dans ma mémoire.
La mer, le départ de Babsi, Noki à moitié en vie sur les pavés …
STOP.
Je donne de grands coups de rouleaux contre le mur. J’y mets tout mon cœur, comme si moi aussi je pouvais effacer tout ce qu’il y a de mauvais en moi et me donner la possibilité de recommencer, m’offrir un nouveau départ. C’est pas parce que j’ai trente-quatre ans et la trouille de vivre que j’ai pas le droit de commencer à sortir la tête de l’eau. Moi aussi je veux réécrire, repartir sur le bon pied cette fois-ci, me donner des chances, des espoirs, remplir mon sac d’étoiles, éviter de faire un faux-départ.
C’est possible, non ?
Oui, oui, ça l’est.
Et puis cette fois-ci, je ne suis pas tout seul.
J’ai mon grand petit Noki qui me tient la main sans me toucher et qui, mine de rien, me réapprend à marcher.

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CHORÉGRAPHIE (JOE)

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