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 HALLUCINATION ~

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MessageSujet: HALLUCINATION ~    Mer 18 Mar - 14:43


Aujourd'hui, je suis arrivé tôt sur la plage.
Un peu avant que le soleil soit à la verticale dans le ciel.
Je me suis assis à ma place habituelle, entre les dunes de sable (qui doivent former des fesses, vu du ciel).
J'ai emmené un livre avec moi, cette fois-ci. Et après m'avoir mis en caleçon pour sentir la chaleur du soleil sur mon torse, je me suis allongé sur le sable et ai repris ma lecture à la page à laquelle je m'étais arrêté.

Le sommeil m'attaqua par derrière, sans que je le sente arriver. Il me planta sa lance empoisonnée dans le dos, et paf. Je tombe dans un noir profond. Dans un noir sans fin. Et petit à petit apparaissent des formes, des histoires insensées, des choses saugrenues. J'ai fermé les yeux pendant 5 secondes, et me voilà, plongé dans le monde merveilleux au delà de mon esprit. Dans des contrées étranges où tout s'emmêle, tout se confond, tout perd son sens.
Ces histoires crées par ma vieille caboche me nourrissent plus que les histoires des livres. Elles sont tellement folles, que je me réveille à chaque fois en jubilant. Mais l'instant d'après, je les ai oublié. Et puis, elles sont mieux que les romans puisque c'est moi, le héros de l'histoire, et dans tout mon corps, je ressens ces coups, ces baisers, ces caresses qu'on me donne. Je ressens l'énervement, la jalousie, la haine, le bonheur et l'envie de pisser. Y'a des trucs fous qui se passent dans mes veines. Et quand, je me réveille, je suis différent.
Parce que j'ai vécu pleins de choses dans ma tête, j'ai surmonté pleins d'épreuves, j'ai survécu à des cataclysmes et des peines de cœur.

Le souffle du vent sur ma joue me réveille. J'émerge petit à petit de mon somme. J'ouvre les yeux, il commence à faire sombre, et y'a une tête rousse, à côté de moi, sagement assis en tailleur sur le sable.
Mon compagnon de route. Ça fait longtemps qu'il ne m'était pas apparu.
- Passes moi mon jean et mon t-shirt.
La petite tête rousse s'exécute.

Je me lève, et enfile mon pantalon.
Mon dos est rouge, j'ai cramé.
Je fouille dans mes poches, j'ai quelques pièces de monnaie.
J'entends la musique du vendeur de glace, au loin.
- Tu veux une glace ?
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MessageSujet: Re: HALLUCINATION ~    Jeu 19 Mar - 19:41



La mer est belle ce soir.
Elle ressemble à un ciel.
Elle a un reflux d'infini qui va jusque là-bas, tout au fond au fond (et je crois même qu'elle va encore plus loin). L'écume-constellation pointillise son manteau bleu.
Elle est belle la mer ;
belle comme un cauchemar.

Le sable, sur le petit chemin de la plage, rampe vers la ville. De loin encore, je vois l'eau qui s'éclabousse. Parfois je me dis que ça pourrait être une sirène. Elle serait jolie avec de longs cheveux brillants et peut-être qu'elles me ramènerait mon père. Il aurait perdu son bateau mais c'est pas grave parce que j'en construis un autre. Il paye pas de mine comme ça, il est petit et il est pas fini. Il est blanc comme un boulot fatigué. Il ressemble un peu à un nuage. Je sais pas si il flottera un jour mais il serait beau sur la mer. Un bout d'écume au dessus de l'écume.

Au bout du chemin de la plage, il y a les dunes (grandes grandes). Et dans les dunes, il y a lui. C'est comme un tableau. Il est là en caleçon, échoué entre les dunes. Il dort, comme souvent. Mais bientôt il va faire nuit et il faudra qu'il se réveille pour attendre. Et j'attendrai avec lui. Je ne sais pas trop ce qu'on attend mais je crois que c'est important.

Je me suis posé à côté de Louison
(est-ce qu'il s'appelle vraiment Louison?)
((je crois qu'il l'a dit un jour, il y a cent ans))
et je le regarde.
C'est vrai qu'on dirait un homard, avec son dos tout rouge de coups de soleil. Il respire doucement et son souffle est coordonné à celui de la mer. Il parait que quand on aime quelqu'un (très fort), on a qu'un seul souffle pour deux. Moi je crois que Louison est amoureux de la mer.
La nuit commence à tomber lentement. Moi je ne l'attends pas et je commence à attendre.

Il se réveille.
J'attrape ses habits qui sont encore tout chauds de soleil et je les lui tends sans rien dire. Il se rhabille. Je regarde la mer mais je le vois du coin de l'oeil. J'aime bien ses mains.
- hmm
Oui une glace c'est bien pour attendre. Je me lève aussi et je fourre mes mains-écorchures au fond des poches de mon panta(trop)court. Vers le camion de glace, on se fait doubler par des gamins. Ils crient ; j'avais oublié que c'était ça aussi la plage.
- t'attends depuis longtemps ? ... vanille pour moi.
Louison jette de temps en temps des regards derrière lui. Je crois qu'il a peur de louper ce qu'il attend.
- tu penses que ça viendra ?
Ça quoi ?
La nuit. Les bateaux. L'amour.
Les étoiles. Les papas. Les certitudes.

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MessageSujet: Re: HALLUCINATION ~    Dim 29 Mar - 21:42

Je me lève. Le rouquin aussi. Et j'engage le pas vers le camion de glace. Le garçon me suit. Il est un peu comme mon ombre, à me suivre toujours de très près, mais quand le soleil est haut dans le ciel, il disparaît.
Je suis un peu étourdie à cause de ma longue sieste.
Je me retourne quelque fois, non pas pour m'assurer qu'il est bien là, mais pour ne pas rater le rayon vert. (Parce qu'il est bientôt l'heure).
Nous atteignons le camion de glace, je salue le vendeur. J'me retourne vers mon compagnon et lui demande ce qu'il veut.
-Un cône vanille et un cône pistache.... Hmm, depuis 14H, quelque chose comme ça. J'avais rien à faire aujourd'hui...
Rien à faire. Comme d'habitude. A part plonger mon nez dans les romans de marins toute la journée, on ne peux pas dire que j'fais grand chose. Je me nourris des récits de Jules Verne, de Joseph Conrad, Daniel Defoe et William Golding... et j'imagine qu'un jour, après avoir étudier à travers mes nombreuses lectures tous les fonds marins, toutes les astuces de pêcheur et toutes les techniques de navigation, j'me construirai un voilier et j'irai vivre sur la mer.
Je donne ma petite monnaie au glacier, et prends les deux cônes pour en filer un à mon ami.
-Je sais pas, c'est le hasard qui choisit.
Nous nous redirigeons vers les dunes, dans le royaume de sable du petit prince. La meilleur place pour observer le beau spectacle de la nature.
-T'en as déjà vu un toi ?
Je me rassoie sur mon trône invisible. J'le regarde jamais dans les yeux quand je lui parle, parce qu'il y a quelque chose de plus important qui accapare mon attention. Alors, j'ai l'air ailleurs, dans un autre monde. Et j'ai surtout l'impression de parler tout seul. Il n'est pas vraiment là, à mes côtés. Il sort de mon esprit, parce que je me sentais seul, là, à attendre toute la journée mon rayon vert. Un peu de compagnie, c'est agréable.
- Moi, j'en ai vu un quand j'étais bébé. Ma mère m'emmenait souvent à la plage quand j'étais gosse, et le soir aussi, on se baladait au bord de la mer. Mais j'm'en souviens plus tellement. Du vert, c'est tout...
Alors, j'le nourris de mes histoires.
Un peu fausses.
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MessageSujet: Re: HALLUCINATION ~    Mar 7 Avr - 10:43




Je regarde son cône à la pistache qui luit sous le soleil couchant. Il fait encore chaud pour un début de soirée. Le sable crisse sous nos pieds alors que nous reprenons nos places devant l'océan. Pas trop près, pas trop près, s'il te plait. Ma langue râpe la boule vanille et je crois que j'lui ai pas dit merci. Je le regarde de biais avec un merci dans les yeux. Il comprendra. Lui il regarde l'horizon. Il regarde toujours l'horizon. Et je me dis que c'est un peu bête d'attendre le hasard. Un peu vain. Mais j'le fais quand même parce que moi non plus j'ai rien à faire. Et peut-être que le hasard aura pitié de nous et qu'il nous donnera autre chose à regarder que le vide intersidéral de la mer qui se gonfle et se dégonfle à intervalles réguliers.
- si j'en ai déjà vu un ?
Je sais pas de quoi il parle, j'ai jamais su. Mais j'ai peur d'avoir l'air stupide si je réponds que non, non j'en ai jamais vu. En plus si ça se trouve j'en ai déjà vu. Mais comme je sais pas de quoi on parle...
- je crois, mais j'suis pas bien sûr, je regardais un peu de l'autre côté quand ça s'est passé.
Nos conversations sont comme des fantômes et je suis son ami imaginaire. Comme il est le mien. Je sais pas ce qu'on cherche et je suis même pas bien sûr qu'il soit vraiment là, lui. C'est-à-dire que j'le trouve toujours ici, entre les dunes, le dos rouge, les fesses à l'air parfois. Je l'ai jamais vu dans la ville. ((en même temps qui voudrait y rester ?)) Et est-ce que ça existe quelqu'un qui reste là tout le temps ? Je sais pas si il a une maison. J'préfère me dire que non, sinon il existe. Et moi je préfère qu'il n'existe pas vraiment parce qu'il fait un sacré bon ami imaginaire. Je suppose qu'il doit se dire la même chose.

J'essaye de l'imaginer bébé. J'essaye d'imaginer sa maman. La mienne aussi m'emmenait au bord de l'eau quand j'étais petit. J'aimais bien sauter dans l'écume à l'époque. Il y avait papa aussi et il nous prenait en photo. Mais ce n'était pas un très bon photographe papa. La maman de Louison, je l'imagine très belle, avec de longs cheveux qui volent dans le vent derrière elle. Dans ma tête il fait vert. C'est ce qu'il dit, vert.
- ça devait être beau non ?
Je sais toujours pas de quoi il parle mais j'essaye d'imaginer. Un bébé-Louison dans les bras de sa maman et du vert. Du vert qui se mélange au bleu de la mer. C'est comme un tableau. J'ai de la glace qui coule le long de mon avant-bras. Le camion de glace est parti et les enfants aussi. C'est comme si il n'y avait plus que nous et la mer. Plus que nous, deux ombres qui attendent le hasard. Je lèche la trainée de glace sur mon bras, et ma main, et sur le cône.
- un jour quand j'avais cinq ans, j'ai vu une cigogne qui volait par dessus des dunes. Elle allait vers la ville. J'ai cru qu'elle apportait un bébé, mais maman a dit que c'était pas comme ça que les bébés venaient au monde. Alors j'ai pleuré. Je crois qu'en fait c'était une mouette.
J'ai l'impression de me parler à moi-même, et au monde entier en même temps. Louison a le regard fixé sur la mer. Il ne me regarde jamais vraiment. Est-ce qu'il sait à quoi je ressemble ? Moi je sais en tous cas. Parce que moi je le regarde parfois. Il a les joues roses quand il parle de ce qu'il attend. Et il y a une sorte de halo autour de lui, un halo d'espoir. Ou peut-être que c'est moi qui ai trop regardé le soleil et maintenant mes yeux sont cassés. Je me retourne vers la mer et je les plisse, mes yeux.
- c'est ce soir, je le sens.
En fait, je ne sais pas.
Mais je pense que ça pourrait être ce soir.
Pourquoi pas ?


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MessageSujet: Re: HALLUCINATION ~    Lun 20 Avr - 10:08


- Moi, j'dis que tu mens. Quand t'en vois un, tu le loupes pas, tu tournes pas la tête de l'autre côté. C'est tellement magique, que tu ne pas le rater.
Je m'énerve un peu, mes joues rougissent de colère. Je n'aime pas entendre les autres dire qu'ils en ont vu un, ça ne me plaît pas parce je suis un peu jaloux. J'aimerai tellement en voir un que j'en deviens jaloux de ceux qui disent en voir un.
Alors je boude un peu. Et je me tais.
Je fixe l'horizon, et la ligne imaginaire entre le ciel et la mer me calme un peu. C'est fou comme le mouvement des vagues est rassurant. On s'y sent bercer comme dans le ventre de maman. Les bruits des vagues qui s'éclatent sur les rochers font une jolie musique, une mélodie des rêves et des désirs.

- … C'est indescriptible !
Non, je ne peux pas mettre de mots sur ce que j'ai vu. A l'âge que j'avais, je ne connaissais pas les mots. A part Maman et Papa (peut être). Mais surtout, je ne suis pas sur que je l'ai vraiment vu. C'est maman qui m'en parlait, le soir, avant que je m'endorme. Ses histoires étaient toujours bercées d'une douce mélancolie. Elle me racontait que le jour où elle avait rencontré mon père, elle était à la plage et elle avait vu un rayon vert. Et elle était tombée amoureuse de mon père. Comme ça. Comme le coup de foudre (sauf que c'était un coup de rayon vert). Et quand elle me raconte ses histoires, elle avait toujours des étoiles qui scintillaient tout au fond, bien au fond, de ses yeux. Mais ça, il n'y avait que moi qui le savait. Parce que son amour, il m'était entièrement réservé.
Pendant, longtemps, j'ai été amoureux de ma mère. D'un amour platonique et désérotisé. J'avais envie qu'elle m'étreigne, qu'elle me prenne dans ses bras, qu'elle me câline. J'avais envie de son amour exclusif. Alors quand un homme était à la maison, j'étais jaloux à en mourir. Je faisais des crises : j'parlais plus, j'mangeais plus, j'dormais plus. Elle était tellement désemparée qu'elle renvoyait le prétendant chez lui. Avec milles mots d'excuse. A onze ans, j'étais frêle et tout blanc. Alors, elle s'occupait de moi comme d'un enfant. Mais à treize ans, elle s'est trouvé quelqu'un. L'amour de sa vie, qu'elle disait. Alors tout c'est brisé : mon amour pour elle, ma foi en l'humanité, mes sentiments.
Depuis, je me masturbe.
- T'as déjà été amoureux ? (…) Parce que, voir le rayon vert, c'est un peu comme tomber amoureux.

Des fois, je me dis que mon ami est un peu naïf et peureux. J'aurai aimé qu'il soit un peu plus costaud et téméraire (pour qu'on puisse se battre dans le sable, et faire des courses de natation pour attraper le soleil). Mais, souvent, il m'empêche d'aller me baigner en me posant tout un tas de questions. Je crois qu'il a peur de l'eau, pourtant, c'est toujours sur la plage que je le rencontre.
- Elle était belle ta mère ?
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MessageSujet: Re: HALLUCINATION ~    Sam 25 Avr - 22:34




- ben peut-être que je mens. et peut-être pas. tu le sauras jamais. moi j'sais c'que j'ai vu.
Il s'énerve et mes joues rosissent parce que j'aime pas qu'on me traite de menteur. Alors je joue au(x) vague(s) et je parle avec des "si" et des "peut-être" et c'est bien fait pour lui. Parfois mon ami a le sang un peu trop chaud ((ça doit être à force de rester au soleil toute la journée)). J'l'entends dans son corps qui fait qu'un tour et Louison attaque. C'est parce qu'il est amoureux d'un hasard. C'est difficile, je comprends. Alors je continue de manger ma glace. Je mordille un peu le cône et j'lui jette des regards furtifs pour vérifier s'il boude encore.
Parfois avec lui on reste très longtemps sans parler. C'est comme avec maman. Mais en mieux. Parce que maintenant avec maman, quand on parle pas, c'est qu'on sait pas quoi se dire. Parce que y'a des choses qu'on s'est déjà dites cent fois: il me manque, finis ton assiette, il reviendra un jour, tu devrais venir voir mon bateau, il fait beau aujourd'hui, je t'aime. Et ça on se l'ai tellement dit que ça ne veut plus rien dire. Pourtant on sait que c'est tout ce qui importe. Alors on se dit plus rien. Avec lui c'est différent. Parce que quand on se parle pas, c'est qu'on a tout à se dire. Mais tout, c'est beaucoup à dire, alors on sait pas par quoi commencer et on finit par ne rien dire. J'aime bien nos silences. Ils sont remplis de tout.

J'essaye d'imaginer l'indescriptible et rien ne me vient. juste du vert, un peu, parce qu'il en reste dans mon esprit depuis tout à l'heure, quand il en a parlé. alors je réfléchis un peu plus fort en fixant mon regard droit devant, sur une balise loin dans la mer. j'aurais du mal à décrire mon père. parce que depuis qu'il est parti, son visage s'efface peu à peu de mes souvenirs. j'ai du mal à me rappeler la couleur de ses yeux ou le son de sa voix. je sais qu'elle était grave mais je sais pas quel grave. j'aurais du mal à le décrire mais je crois ((je suis sûr)) que c'est pas ça c'que Louison voulait dire.
J'étais sûr (aussi) qu'il était amoureux. Et maintenant je sais de qui. Le rayon vert. J'crois me souvenir qu'un jour, papi en avait parlé. C'était quand il me racontait des histoires de pirates. Il disait que c'était très beau un rayon vert et que si on en voyait un, fallait faire un voeu. Un peu comme les étoiles filantes. Est-ce que Louison attend son voeu ? Ou est-ce qu'il est tombé amoureux du génie lui-même ?
- non. j'ai jamais été amoureux. tu vois moi j'suis pas très intéressant finalement. (...) et puis en plus j'sais même pas comment on fait.
Et j'ai un peu honte, d'un coup, de jamais avoir été amoureux. J'ai peur que Louison se lève et s'en aille. Et qu'il aille chercher un autre ami-de-la-plage. Un qui serait déjà tombé amoureux. Un qui saurait ce que c'est que d'avoir les papillons dans le ventre, ceux dont ils parlent dans les livres. Ceux qui chavirent dans leur tête, comme ils font dans les poèmes. Et alors peut-être que ce nouvel ami il attendrait mieux que moi. Et peut-être qu'ils verraient le rayon vert, tous les deux. Je suis un peu jaloux à cette idée. Et triste aussi.
- ...m'en veux pas.
Je crois que c'est pas ma faute si je suis jamais tombé amoureux et j'aimerais pas qu'il parte juste pour ça. C'est vrai qu'il est un peu tête brûlée et qu'il veut toujours me trainer dans l'océan alors que j'ai peur ((est-ce qu'il le sait?)). C'est vrai qu'il est un peu bizarre et que souvent, j'le trouve presque tout nu, entre les dunes, et qu'il se branle à la mer. Mais c'est mon ami et c'est nos silences et puis merde.

- très. elle était très belle ma mère. j'aimais bien me perdre dans ses yeux bleus. comme la mer. et puis elle avait les cheveux blonds. on aurait dit une sirène ma mère. si elle te chantait quelque chose, là, tu pourrais l'écouter pendant des heures.
Je réfléchis un peu et j'repense à ce matin quand maman est rentrée du travail. Elle avait la mine fatiguée et les yeux bouffis. J'crois qu'elle avait pleuré. J'ai essayé de la prendre dans mes bras mais elle a tapé ma main et s'est effondrée dans le canapé. Elle a allumé une cigarette et a fermé les yeux, à moitié allongée. Maman ne fumait pas avant. Mais sans papa, elle déraille et je ne sais pas quoi faire pour elle.
- elle est toujours belle. mais elle a mal et ça se voit sur son visage je crois. (...) pourquoi tu m'as jamais dit que c'était le rayon vert qu'on attendait ?

Peut-être qu'il croyait que je savais déjà ou peut-être qu'il voulait garder ça pour lui. Pour empocher le voeu à la fin. Je sais pas. Mais je suis content qu'il m'aie choisi moi, pour attendre avec lui.

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MessageSujet: Re: HALLUCINATION ~    Jeu 7 Mai - 18:04

J'lui lance un regard de poisson mort.
Nous nous énervons tous les deux parce que, comme les enfants, nous n'aimons pas avoir tord. Comme il ne veut pas avouer qu'il ment, je boude un peu et je décide de ne plus rien dire. Peut être que si je reste silencieux, un jour, il partira. Et moi, je serai bien plus tranquille pour attendre le rayon vert.
(( Quoi que, ce serait bien triste, sans mon ami imaginaire. Sans mon ami qui pose pleins de questions, et qui ne peut pas s'empêcher de parler. ))

Le silence, c'est agréable aussi.
Avec lui, on est pas toujours obligé de parler parce que souvent il réfléchi pendant de longues minutes (et de longues heures, aussi parfois). Et je le vois, tellement loin, perdu quelque part dans ses pensées. Il croit que je ne fais pas attention à lui (que je préfère regarder la mer), mais je l'observe souvent dans le coin de mon oeil. Lorsqu'il est trop loin dans ses pensées pour faire attention à ce qui l'entoure. J'le regarde, et il a l'air absent. Il a souvent la tête dans les nuages. Ce n'est pas surprenant  qu'il n'a jamais vu le rayon vert. Parce que pour le voir, il faut être attentif, très attentif. Il faut rester les yeux fixés sur l'horizon, et ne plus penser. Il faut beaucoup de concentration (et c'est sûrement pour ça que je m'endors avant de l'avoir vu, parce que mobiliser toute son attention pour quelque chose, ça épuise). Ma maîtresse d'école m'a toujours dit que j'étais un enfant très attentif, très concentré et patient. Mais j'utilisais souvent cette qualité à des fins moins pédagogiques, comme fixer un point pendant plusieurs minutes si bien que je gênais les gens à force de fixer leur nez ou leur front qu'il s'affolait parce qu'il s'imaginait avoir un énorme bouton en plein milieu du visage. On a toujours reconnu ma persévérance comme quelque chose de positif, sauf quand je suis obsédé par une idée jusqu'à ce que je l'ai comblée. On me traitait de taré lorsque je bloquais ma respiration jusqu'au moment où on voit des étoiles devant les yeux et qu'on entend plus qu'un brouhaha dans les oreilles.
- Moi non plus je ne sais pas comment on fait. C'est pour ça que j'attends le rayon vert.
Et non, d'après ce que me racontait ma mère, je n'ai jamais été amoureux. Je crois qu'il n'y a pas assez de place dans mon cœur pour que j'aime deux personnes à la fois : ma mère et mon amoureux, ou plutôt moi et mon amoureux. Parce que je sais que je suis bien trop égoïste pour aimer quelqu'un d'autre autant que je m'aime. En tout cas, c'est ce que disait ma cousine Nélie lorsqu'elle venait le week end à la maison. Elle me criait toujours dans les oreilles parce que je ne voulais pas prêter mes jouets. Et elle allait pleurer dans les jupons de sa mère parce que, quand elle m'énervait trop, je lui donnais des coups de pied, ou je la mordais.
J'ai déjà essayer d'être amoureux du garçon qui nettoie la plage. Mais je me suis rendu compte que ça n'allait nulle part. Ou jamais bien loin.
- J'ai juste été amoureux de mes petites camarades de classe en primaire. Parce que, à cet âge-là, on tombe amoureux de tout le monde. Même de notre chien. Mais avec les adultes, je ne sais pas comment on fait. (…)
J'peux pas vraiment t'en vouloir sur ce point-là.

J'essaye d'imaginer sa mère dans ma tête, et je me dis qu'elle devait être aussi belle que ma mère. Il n'y a que les mères qui sont belles, parce qu'elles portent toutes en elle, pour le jeune enfant, la candeur d'un premier amour. Dans ma tête, j'imagine ma mère en blonde (parce que j'imagine toujours ma mère lorsqu'il s'agit de la mère des autres).
- J'aurai bien aimé entendre ta mère chanter.
Il n'y a rien de plus beau que le chant des sirènes. Je l'entends parfois dans mes rêves, et à mon réveil, je me souviens d'avoir entendu quelque chose de très beau dans mon esprit, mais je ne me souviens jamais de la mélodie.
J'aimerai bien habiter dans les fonds sous-marins, dans une ville immergée comme l'Atlantide de Jules Verne. J'aurai des poissons qui font des bulles comme amis, et j'me nourrirai de plancton et de corail.
Ce soir, quand je rentrerai à la maison, je me regarderai un film de Cousteau.

Sa question m'étonne.
- Parce que... Je pensais que tu le savais déjà.
Tout à coup, c'est comme s'il baissait dans mon estime. Depuis tout ce temps, depuis que je le croise sur la plage et qu'on s'assoit côte à côte et qu'il vient attendre avec moi le rayon vert, il parle par supposition.
Depuis tout ce temps, il parle de rien.
Il parle dans le vide.
- Ça veut dire que depuis toujours tu racontes n'importe quoi... pour me faire plaisir ? T'es qu'un menteur, en fait ! Un imposteur !
Cette fois-ci, j'le regarde droit dans les yeux.
Finalement, peut être qu'il n'est pas digne d'attendre avec moi le rayon vert.

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