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 HERE DEAD HE LIES (NOKI)

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PSEUDO : NEPT237/KELYNN
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MessageSujet: HERE DEAD HE LIES (NOKI)   Jeu 12 Mar - 21:00

Ce soir j’ai craqué.
J’ai traîné ma carcasse vieille et sale dans les rues du village, j’ai d’abord erré comme un fou entre les maisons, j’ai fumé quelques cigarettes en ne les finissant jamais puis j’ai atterrit au bar. Comme un lieu fétiche, comme un aimant malsain, un amant malsain, je m’y suis retrouvé, assis sur l’un des tabourets du comptoir. J’ai parlé d’abord avec les autres puis il y a eu de moins en moins de monde mais la serveuse continuait pourtant de remplir mon verre. Et moi je lui parlais de Babsi et de Noki. Je lui ai raconté ce qu’il se passait à la maison et dans ma tête et je ne sais pas si elle m’écoutait mais à moi ça m’a fait du bien.
Et puis elle a dit
- Joe, on ferme.
J’ai essayé de répondre quelques chose mais ma langue était trop pâteuse et l’alcool débordait dans mon corps, j’en avais jusque dans la gorge je crois alors je me suis levé et je me suis accroché à elle jusqu’à ce qu’elle me jette dans la rue comme on a jeté Noki comme un a jeté Babsi. J’avais l’impression d’être l’un d’eux. Mais un homme misérable, crasseux, dégueulasse, pitoyable.
J’ai espéré très fort qu’ils ne me voient pas comme ça.
Je me suis laissé tomber à genoux et j’ai vomi tout ce que j’ai pu sur les pavés. J’ai vomis de l’eau, de l’alcool et j’ai eu envie de mourir tellement je n’arrêtais pas de cracher, de tousser, d’essayer d’arracher ce poison de mes veines. Mais c’était trop tard.
Je ressemble à un bateau qui a fait naufrage.
Ma chemise est à moitié ouverte sur mon torse. Je suis assis contre le mur et je pue.
Je pue ma gerbe, je pue l’alcool, je pue ma bave. Je sens Joe. Joe a une odeur immonde, Joe donne envie de vomir, Joe fait détourner le regard, changer de trottoir. Joe a la barbe sale, Joe ressemble à un vieil homme et pourtant Joe n’a que trente-quatre ans. Joe n’est même pas un vrai marin : il sait boire mais a peur de nager.
Joe nage très bien dans l’alcool.
Il aime s’y noyer.
Je tangue mais je suis assis. Ma tête ne tient pas sur ma nuque, elle tombe sans cesse sur mon torse découvert. Je m’allonge. Sur le flanc, sur le dos, je ne sais pas. Je vois à peine le ciel de nuit : il est couvert. Peut-être que ce soir ce sera la mort de Joe.
J’ai oublié de dire au revoir à Noki.
J’ai oublié de lui dire combien je l’aime, combien il est fort et grand, j’ai oublié de lui dire que je lui donnais ma maison et mon lit. J’ai oublié de l’enlacer, je ne l’ai jamais enlacé.
Et Babsi, je ne l’ai pas embrassée, je ne lui ai pas dit assez « je t’aime », je ne lui ai pas fait l’amour une dernière fois et maintenant c’est trop tard je sens que …
Je sens que je coule, que je m’enfonce dans les pavés, que je m’endors …

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MessageSujet: Re: HERE DEAD HE LIES (NOKI)   Sam 14 Mar - 21:52

Joe c’est comme les oiseaux.
Parfois ils partent et on ne sait pas où ils s’en vont.
Noki s’est assis sur les marches du porche à quatorze heures et il s’est dit qu’il allait penser à Cèdre en attendant que Joe revienne. En général quand Joe s’en va Noki ne fait rien, il ne mange pas, il ne range pas, il ne se promène pas, il n’essaie pas d’écrire, il n’ouvre pas les fenêtres, il ne court pas dans les escaliers, il ne parle pas. Mais comme il ne peut pas s’empêcher de penser à Cèdre, il pense à Cèdre. Et entre chaque phrase, il compte les minutes sans Joe.
C’est facile de penser à Cédric. Ça vient tout seul. Son prénom déclenche des merveilles dans son cerveau, comme un feu d’artifices qui ferait exploser des idées dans tous les coins de sa tête. Il pense « Cèdre » et il lui vient des moments qu’ils ont vécu, des moments qu’ils vivront, des moments qu’il imagine, il lui revient des morceaux de conversation, des regards, des questions qu’il s’est posé et des questions qu’il a posées, des réponses qu’il s’est donné lui-même et des non-réponses. Des rires trop courts, des sourires éternels.
Ça peut durer des heures.
Et en fait ça fait des heures que ça dure.
À quinze heures il s’est mis à pleuvoir, alors Noki a reculé de quelques mètres, en tailleur près de la porte d’entrée, protégé des grosses larmes sans sel. Ça s’est arrêté aussi vite que ça a commencé, aussi brutalement, on aurait dit une histoire d’amour. Il a regardé les nuages emmener la pluie plus loin, dans un autre pays, et le soleil se refaire une place. Quinze heures trente. Cèdre trainait toujours dans sa tête. Comme une très très longue chanson en mode « repeat » qu’on ne peut pas arrêter. Est-ce que Cèdre m’aime. Est-ce que Cèdre m’aime. Est-ce que Cèdre m’aime. Est-ce que Cèdre m’aime. Seize heures seize. Oui, il me l’a dit il y a une semaine, la dernière fois qu’il était là. Il m’aime. Dix-sept heures trente.
Des heures, je vous dis.
Il peut faire ça pendant des heures.
Attendre Joe en pensant à Cèdre.
Penser à Cèdre en attendant Joe.
Dix-huit heures. Les étoiles débarquent. C’est bientôt le printemps mais encore l’hiver et elles aiment envahir le ciel le plus tôt possible, pousser le soleil vers la sortir et jouer aux belles paillettes. Où est Joe. Où est Joe. Où est Joe. Où es-tu Joe. Il est dix-neuf heures et Noki a froid. Joe revient toujours avant la nuit. Il ne sourit pas toujours mais au moins il revient. Joe, c’est le seul qui revient. Faut faire quoi quand Joe revient pas ? Dis Cèdre, faut faire quoi ?
Cèdre ?
Mais Cèdre est même pas là, comme d’habitude, et Joe non plus cette fois. Alors Noki court. Il sait qu’il aime suffisamment Joe pour le trouver sans vraiment le chercher. Il sait que s’il court assez vite il pourra le trouver avant dix-neuf heures quinze et c’est exactement ce qu’il se passe. Il est dix-neuf heures treize quand Noki trébuche sur le corps de Joe.
Le corps de Joe.
Putain Joe est mort.
Mais non, Joe respire, Joe pue l’alcool dégueulé, Joe a les yeux à moitié ouverts : Joe est encore en vie. Alors c’est pas grave si Joe est dans un trop sale état pour que Noki ait encore l’impression que c’est vraiment Joe, c’est pas grave. Noki le soulève, le laisse tomber sans faire exprès, répète son prénom plusieurs fois, il est plus proche physiquement de lui que jamais, presque comme pour un câlin. Ils sont comme quand Joe a ramassé Noki. Aussi proches. Mais cette fois c’est à toi Noki de ramasser. Alors il soulève le grand corps de Joe, lourd, avec son cœur en plus de ça, et il commence à marcher. Il ne pense à pas à la douleur sur son épaule, il ne pense pas à l’odeur, il ne se pose pas de questions.
Il le sauve.
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MessageSujet: Re: HERE DEAD HE LIES (NOKI)   Dim 15 Mar - 15:11

J’suis même pas heureux d’être un vieux bateau qui tangue, un vieux bateau qu’a perdu son phare, un vieux bateau noyé par la marée. Je voudrais un tas de choses, je voudrais m’excuser, je voudrais m’excuser d’être ce que je suis, d’être cet homme, cette loque, ce vieux débris abandonné sur la plage.
Il fait noir partout autour de moi.
Je voudrais que quelqu’un rallume les lumières, je voudrais que quelqu’un me donne la force de me remettre sur mes deux jambes et d’avancer pour rentrer à la maison et retrouver Noki qui doit avoir peur, Noki qui pleure peut-être, Noki qui me déteste. Il est peut-être en colère parce qu’on l’abandonne encore, parce que je suis pas capable de tenir mes promesses, parce que je suis pas un bon père.
Puis je sens qu’on me cogne, qu’on me rentre dedans. Je veux râler, jurer, mais c’est un râle qui s’échappe de ma bouche.
C’est de tout petit bras qui s’accrochent à moi, qui essaient de me porter et qui me lâchent contre les pavés. Et puis une voix qui dit Joe Joe Joe Joe Joe (…)
C’est Noki …
Noki ma lumière sortie des sombres ruelles. C’est les rôles qui s’inversent … Il est là, il est là et il fait tout ce qu’il peut, avec sa très grande force de jeune garçon, il essaie. J’aimerais vraiment disparaître dans le sol, je ne voulais pas qu’il me voie ainsi, j’ai jamais voulu être un pauvre type … J’espère qu’il ne va pas arrêter de m’aimer, j’espère qu’il ne va pas m’en vouloir. Je vais lui devoir des explications, je vais devoir lui demander pardon.
Noki me soulève.
Avec la force du ciel.
Je m’accroche à lui et ma triste carcasse tombe sur son épaule.
- Eh mon grand …
Ma langue reste colée à mon palais.
C’est dur de parler.
C’est dur de faire semblant.
- Tu sais j’suis … j’suis désolé. C’était un accident et ... J’recommencerai plus. J’vais arrêter ces conneries, je vais recommencer à aller mieux, j’vais plus y retourner là-bas. J’arrête de boire, j’te jure. c’est fini, mon grand, c’est fini …
J’ai l’impression de déborder de partout.
Je crois que je suis trop grand pour Noki, trop lourd aussi. Mais … eh … ça pèse, le vide. C’est un sacré fardeau que de n’être rien. Je suis un corps avec le vent qui souffle et qui gémit à l’intérieur de moi. J’ai essayé d’avaler des pierres, de construire des choses pour devenir un Joe plein de force et pour être capable de tenir debout comme un grand, de devenir plus léger aussi. Mais regardez-le, le pauvre Noki …
Il ploie à cause de moi.
Je vais le casser comme j’ai déjà cassé Babsi.
- Attends … attends.
Je ferme très fort les yeux et je me plie en deux pour ravaler la bile qui me monte à la gorge. Je suis accroché au bras de Noki et j’aimerais juste qu’il me dépose là. Qu’il laisse la puie nettoyer ma figure et ma chemise et que je rentre à la maison comme si de rien n’était.
Comme si j’étais un homme bon.
Un homme droit et sans cassures.
- On va rentrer à la maison …
Alors je me remets en marche et j’entraîne Noki dans mes pas maladroits. Je me cogne contre les murs des rues serrés. Je me sens mal, j’ai des tourbillons dans le ventre alors je crache sur le bas côté, je crache comme font les sans-abris, les gens sales et mal éduqués.
Est-ce qu’il le sent ? Que je suis désolé, que plus jamais je recommencerai, que je vais changer, qu’il va voir, il ne me reverra plus jamais comme ça. C’est un peu un cauchemar. Est-ce qu’il a peur de moi ? Est-ce que demain il arrivera à me regarder dans les yeux ? Est-ce qu’il voudra bien m’aider à me nettoyer ?
Est-ce qu’il savait ?
Pour l’alcool, pour mon problème.
Ma m a l a d i e.

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MessageSujet: Re: HERE DEAD HE LIES (NOKI)   Sam 21 Mar - 20:58

Et Noki tangue aussi.
Il tangue sous la masse du géant barbu, le plus gentil garçon du monde pourtant. Il tangue sous le parfum tord-boyaux qu’il pensait rangé dans le placard sous l’évier. Il tangue sous les gros nuages qui s’approchent d’eux, juste au-dessus d’eux, rien qu’au-dessus d’eux. Il tangue sous les mots de Joe qu’il n’écoute même pas, des excuses dépareillées, des sens interdit au bonheur, des promesses sans lendemain. Il tangue mais il lâche pas l’affaire. Et il se dit que c’est pas vraiment drôle d’être un bateau, mais il continue quand même. Joe a besoin d’un bateau pour le ramener sur la berge. Faut pas que Joe coule. Faut pas que Joe fasse naufrage. Faut pas que Joe se noie. Alors Noki, c’est un bateau, et tant pis s’il doit tanguer pour que Joe retrouve la terre ferme.
- Attends … attends.
Joe a cent sept ans.
Noki se dit que c’est pas de l’alcool qu’il a bu …
… mais des années.
Des millions et des millions d’années en bouteille, qui sont venues lui déformer le visage, qui ont touché son ventre tellement vite que maintenant il a le tournis et il vomit.
Noki ne pense plus rien. Plus rien du tout. Il a pensé tout l’après-midi et tout le début de la soirée. Il s’est forcé. Il a couru après ses pensées pour ne pas s’ennuyer, pour ne pas être seul, pour se rappeler de tous les détails sur le visage de Cèdre qu’il n’a pas vu depuis trois semaines, et maintenant, il pose une grande croix sur ses pensées. Il a le cerveau fermé, bloqué, les sourcils froncés et le regard vide. Il sait juste qu’il faut rentrer à la maison, et que c’est droit devant, puis à droite, puis encore à droite, et voilà.
- On va rentrer à la maison …
C’est Joe qui parle et il se dégage de Noki.
Joe tangue mais pas comme Noki.
Joe c’est pas un bateau, Joe n’est pas en mission sauvetage. Lui il tangue parce qu’il a bu et il va finir par tomber.
Mais il se persuade que non et il essaie de marcher plus vite que Noki. Il essaie de lui montrer que c’est toujours lui le père, le faux mais quand même, que c’est toujours lui le plus grand, qu’il est le même homme que le soir ou le matin où il l’a ramassé dans la rue, aussi fort, aussi déterminé, aussi indestructible, aussi décidé. Mais Joe ne rencontre que des murs. Noki a mal au cœur parce qu’on dirait presque qu’il se jette dessus pour empêcher ses jambes de le lâcher. Il le regarde faire jusqu’à ce que ça devienne trop dur. Et puis il marche dans les pas de Joe et attrape son bras.
- C’est pas grave Joe.
Perpendiculaires-parallèles au sol, ils essaient alors d’avancer.
C’est pas grave.
Je m’en fous, ça me regarde pas, tu fais ce que tu veux, t’es un grand monsieur, t’es une grande personne, t’es un grand homme, arrête, ou recommence, je m’en fiche, tant que tu te relèves, ou que je te relève, tant que tu continues à lever la tête, baisse les bras de temps en temps je m’en tape mais n’oublie jamais d’aller mieux le lendemain, bois, bois ou pleure, crie, fais les deux, mais reviens-moi en un morceau, même trois, je recollerai tout. Tout. C’est pas grave.
Et Noki voit bientôt le mur de derrière de leur maison.
Il soupire.
Il se demande comment il va faire quand ils seront à la maison, est-ce que Joe va tomber en plein milieu de la cuisine ou est-ce qu’il attendra d’être au bord de son lit. Est-ce qu’on peut enlever tout l’alcool de son sang en plantant une seringue dans son bras et en tirant très fort dessus, comme pour faire une prise de sang, est-ce qu’on peut. Est-ce qu’il va se débrouiller tout seul ou est-ce qu’il aura besoin de Noki pour l’aider … Comment on fait quand les gens qu’on aime sont au fond d’un trou qu’ils ont eux-mêmes creuser, pour sauter dedans.
Noki sait pas s’il a les bras assez costaud pour tout ça. Par contre, il veut bien lui prêter son cœur. Deux cœurs, ça devrait le faire pour retrouver un peu de bonheur.
En attendant, ils continuent de marcher.
Ils peuvent voir la porte d’entrée.
La brindille et le poids lourd.
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